L'invité de L'Agefi

Encourageons l’épargne entrepreneuriale

le 15/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Acteurs économiques et particuliers doivent être incités à orienter leurs investissements vers les projets des PME et ETI qui porteront la croissance.

Par Olivier Duha, président de CroissancePlus

En cette période électorale, les PME sont au cœur des débats. Les entrepreneurs s'en réjouissent mais le sort des milliers de PME devrait être une préoccupation permanente. Si l’emploi arrive en tête des priorités à gérer pour les personnalités politiques, il ne peut y avoir d’amélioration en la matière sans considérer les problèmes de financement des entreprises françaises et le faible niveau de rentabilité de notre tissu de PME. Les pouvoirs publics doivent intégrer que cela conditionne la reprise de l’investissement et, par ricochet, les créations d’emplois et la croissance.

Indiscutablement, nos PME manquent de fonds propres, leurs niveaux de trésorerie sont fragiles, leurs marges se dégradent depuis quinze ans. Elles sont impactées par une fiscalité lourde, instable et souvent injuste. Pour embaucher de nouveaux collaborateurs, retrouver leur compétitivité et reconquérir les parts de marché à l’international, une révision de la fiscalité s’impose afin de privilégier l’investissement entrepreneurial.

L’actualité morose et les annonces catastrophiques sur l’environnement économique et financier freinent très souvent nos PME françaises dans leurs projets. Elles sont en panne d'investissements pour plusieurs raisons : tout d’abord, moins rentables que leurs homologues allemandes ou britanniques, leurs capacités d’autofinancement sont très limitées. De plus, le renforcement des conditions d’octroi de crédits bancaires et l’allongement des délais de paiement des grands groupes les pénalisent plus que jamais. Pourtant, ne devrait-on pas aider et faire confiance à ceux qui croient en leur business et créent des emplois ?

Citons quelques chiffres positifs du dernier baromètre des entreprises de croissance de CroissancePlus et Astorg Partners. 78 % des entrepreneurs souhaitent maintenir le cap de leur business, augmenter leur activité, investir, recruter au cours des six prochains mois. Mais pour que ces objectifs puissent être atteints, il faudra trouver rapidement des solutions de financement pour ne pas menacer davantage les choix d’investissements et les perspectives de croissance de nos PME.

Les entrepreneurs de CroissancePlus dénoncent un autre frein à l’investissement : la pression fiscale. Nous pensons qu’il est urgent de mettre en place une fiscalité de croissance et d’alléger les charges qui pèsent sur des entreprises déjà à l’agonie.

Les taux effectifs d’imposition sont très hétérogènes et très peu favorables aux PME. CroissancePlus préconise donc un rééquilibrage de la fiscalité entre PME et grands groupes par la révision des niches fiscales qui ne profitent qu’à un nombre très limité de multinationales. Il faut instaurer un plancher fiscal ainsi que la baisse du taux d’impôt sur les sociétés de 33,3 % à 25 %, « à coût zéro » pour les finances publiques, en supprimant en parallèle certaines niches fiscales. CroissancePlus propose également de rééquilibrer la fiscalité sur les placements des particuliers, ce qui permettra de développer de nouvelles ressources en fonds propres pour les PME. Un constat simple à retenir : les Français sont parmi les plus grands épargnants du monde. Près de 17 % de leurs revenus sont placés et leur épargne accumulée représente environ 5.000 milliards d’euros. Un pactole ! Il faut donc trouver un moyen de rediriger une partie de l’épargne qui stagne sur les livrets bancaires vers les entreprises. Pour cela, il suffit simplement d’augmenter la fiscalité des placements à faible risque « stériles », et d’encourager les citoyens à investir dans les PME, c'est-à-dire l’épargne « fertile », en les faisant bénéficier d’une fiscalité attractive. C’est de cette façon que la fiscalité pourra constituer un instrument d’incitation à l’investissement particulièrement efficace.

L’aversion au risque fait partie de la culture française. L’une des incohérences majeures des dispositifs fiscaux actuels est le manque de proportionnalité entre le degré de risque et le taux d’imposition. Ainsi, des placements monétaires à faible risque dans les assurances-vie, les comptes livrets ou l’épargne salariale sont beaucoup moins taxés qu’un investissement risqué au capital d’une entreprise !

Si nous voulons être compétitifs, les mentalités doivent évoluer. Cette incohérence fiscale doit cesser, et les acteurs économiques comme les particuliers doivent être incités à orienter leurs investissements vers les projets des PME et ETI qui porteront la croissance. Encourageons l’épargne entrepreneuriale !

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