L'avis de... Hervé Labbé, directeur de la salle des marchés et des études macroéconomiques du Groupe France Télécom Orange

« Un émetteur a toujours besoin d’avoir une évaluation de sa courbe des taux »

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour quelles raisons les émetteurs ont-ils été les premiers à alerter sur la nécessité de réformer le fonctionnement des marchés obligataires secondaires ?

Pour un émetteur, l’un des soucis est de pouvoir intégrer dans ses comptes une évaluation réaliste de ses instruments de dette. Ce besoin est rendu difficile par le manque de transparence qui caractérise jusqu’à présent le marché obligataire secondaire. Et encore plus en période de crise de liquidités, que cela concerne une société en particulier ou l’ensemble du marché (comme cela a été le cas après la faillite de Lehman Brothers en 2008). Mais ce besoin de transparence ne se restreint pas aux seules périodes de crise. En effet, un émetteur a toujours besoin d’avoir une évaluation de sa courbe des taux en phase avec le marché lorsqu’il envisage de nouvelles émissions.

Le modèle promu par le Comité Cassiopée apporte-t-il une réponse satisfaisante ?

La mise en place de plates-formes obligataires électroniques va indéniablement apporter plus de transparence sur les ordres, les transactions, la formation des prix et les marges d’intermédiation. Elle permettra également la publication d’un fixing pouvant servir de référence commune à l’ensemble des acteurs du marché obligataire. Par ailleurs, l’obligation d’être connecté à une chambre de compensation permettra d’accroître la sécurité des transactions. Ce point n’est pas négligeable car il n’est pas rare, dans les conditions actuelles de marché (de gré à gré), que l’on ne soit pas livré en temps et en heure des titres achetés. Enfin, en tant qu’émetteur, nous ne pouvons que nous féliciter de la possibilité qui nous est maintenant ouverte d’acheter nos propres titres de dette sans avoir à les annuler.

Quel en est l’intérêt pour l’émetteur ?

Jusqu’à présent, l’obligation d’annuler les titres achetés limitait notre marge de manœuvre aux échéances les plus courtes. Or, il est important pour un émetteur de pouvoir offrir, lorsque c’est possible, un vrai service après-vente à ses investisseurs fidèles, en leur permettant de sortir quelles que soient les conditions de marché. D’autant que, pour un émetteur, ces achats sont sans risques et équivalent à de la dette triple A. Cette mesure portera ses fruits, surtout pour les nouvelles émissions car les anciennes resteront soumises à la clause classique de rachat de titres avec annulation des titres à moins de convoquer une assemblée générale des investisseurs obligataires pour chaque émission et d’obtenir une modification des termes de l’émission.

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