Dossier Financement des PME

Le défi des fonds propres

le 27/06/2013 L'AGEFI Hebdo

Face à l'ampleur des besoins, les professionnels préconisent une mobilisation de l'épargne et une attention envers tous les profils d'entreprises.

La nécessité d’aider les petites entreprises françaises à renforcer leurs fonds propres a été très souvent évoquée - en vain - depuis quelques années, et encore plus depuis le déclenchement de la crise financière. Au point de devenir une urgence aujourd’hui. « Les PME n’ont eu d’autre choix que de puiser dans leurs fonds propres pour faire face aux difficultés engendrées par la crise, dans un contexte où l’accès aux crédits bancaires est de plus en plus difficile pour les plus fragiles », déplore Bernard Cohen-Hadad, président de la commission financement des entreprises de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME). Elles n’ont donc plus qu’une faible marge de manœuvre pour réinvestir et saisir les opportunités de développement. « Les besoins en fonds propres des PME/ETI, en forte croissance, sont estimés à 20 milliards d'euros par an, à l'horizon 2020, rappelle Arnaud de Bresson, délégué général de Paris Europlace, instance qui a publié il y a quelques mois un rapport sur le financement des entreprises et de l’économie française. Si aucune disposition n'est prise, les entreprises françaises devront se tourner vers des financements externes, dans des proportions qui n'ont plus été observées depuis près de vingt ans. » La mise en place de bpifrance, la banque publique d'investissement, ne sera pas suffisante pour répondre à tous les besoins.

C’est là une situation bien paradoxale. « Alors que la France dispose d'un taux d'épargne des ménages élevé (16,4 %), le taux des placements financiers est faible et a décliné entre 2011 et 2012 de 9 % à 5,2 %, poursuit Arnaud de Bresson. Les produits d'épargne liquide et non risqués totalisent 26 % de l'épargne financière brute. L'épargne abondante en France alimente trop faiblement le système productif, alors que la disponibilité de capitaux est un élément de compétitivité indispensable pour les entreprises. » Ce constat conforte l’idée de la création d’un PEA-PME qui fait aujourd’hui l’objet d’un large consensus. « Ce serait un PEA en tous points semblable à celui qui existe aujourd'hui mais réservé à l'investissement dans les PME, qu'elles soient actuellement cotées ou non, explique Jean Rognetta, président du conseil d’administration de PME Finance, une association qui est l’un des promoteurs de ce projet. Nous estimons que son impact devrait être de 2,5 milliards d'euros par an, doublant ce qui est disponible sur les marchés. » Reprise par le président de la République François Hollande aux Assises de l’entrepreunariat, l’idée a fait son chemin. Plusieurs arbitrages restent à effectuer : le PEA-PME concernera-t-il les titres cotés ou non cotés, sera-t-il un compartiment du PEA ou un produit à part ? Pour certains, l’ouverture aux titres cotés permettra à la fois de faciliter la commercialisation d’un tel produit (en évitant l’écueil de la valorisation du non-coté) et d’apporter une liquidité supplémentaire à Enternext, la plate-forme lancée en mai dernier par Euronext et dédiée aux PME et aux ETI. Quels que soient les arbitrages qui seront effectués, ce produit, s’il veut être efficace, doit être le plus souple possible afin de permettre au plus grand nombre de PME d’en profiter.

Assurance-vie et « crowdfunding »

Même si le lancement d’un PEA-PME aura forcément un impact positif sur l’investissement de l’épargne dans les PME, il ne faut pas y voir une mesure suffisante. En plus de vingt ans d’existence, le PEA n’a permis de drainer qu’un peu moins de 120 milliards d’euros, alors que l’épargne financière des Français atteint 3.600 milliards d’euros. C’est pourquoi la réflexion s’oriente aussi vers les moyens à donner à l’assurance-vie, qui capte une grande partie de cette épargne financière, pour être un acteur plus actif du financement des PME. « Il faut développer le financement des entreprises à travers l’assurance-vie vers une plus grande ouverture des bénéficiaires, pour que toutes les PME puissent en bénéficier, et pas seulement les PME de croissance », insiste Bernard Cohen-Hadad. D’autres pistes sont également explorées comme le financement participatif ou crowdfunding qui permet à des investisseurs particuliers d’investir au capital des entreprises, à travers des plates-formes internet spécialisées. Ce mode de financement est encore très peu répandu en France, d’autant qu’il ne dispose pas encore de cadre juridique et réglementaire adapté.

La multiplicité des pistes envisagées pour donner aux PME les moyens de renforcer leurs fonds propres montre bien qu’il n’y a pas de solution miracle. Le salut ne viendra que d’un ensemble de mesures dans lesquelles le plus grand nombre de PME et d’investisseurs pourra se retrouver, selon leurs besoins et leurs attentes.

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