Le crédit export retrouve son lustre d’antan

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Les garanties publiques ont été étendues avec la crise, encourageant les entreprises même si les dispositifs restent d’accès complexe.

Les exportateurs retrouvent le goût du crédit export. Cette technique - qui consiste, dans un contrat d’exportation, à faire financer l’acheteur par les banques - a été remise en lumière par la crise. Dans un contexte de restriction de la liquidité, le financement a fortement basculé vers les crédits interentreprises.

Un changement de tendance s’en est suivi pour le crédit export qui avait perdu en importance depuis le début des années 2000, du fait de l’abondance de crédit bancaire classique. « Mais avec la crise, les investisseurs et les banques se sont montrés plus réticents pour prendre du risque sur les pays émergents, et les acheteurs se sont retournés vers leurs fournisseurs pour les solutions de financement, relate Denis Stas de Richelle, responsable mondial du financement export chez Société Générale. Le financement export a retrouvé son lustre d’antan. Le volume de cette activité a été en forte augmentation malgré la baisse du commerce mondial pendant les années de crise. »

De fait, les banques apprécient les facilités sécurisées par des créances. Et les délais de paiement accordés par les exportateurs ont pu représenter une forme d’alternative au financement bancaire du besoin en fonds de roulement de leurs clients. Les vendeurs ont trouvé là l’avantage de la sécurité. « Les produits de ‘trade finance’ que nous proposons à nos clients et qui consistent à monétiser les délais de paiement peuvent être attractifs car leur coût peut se comparer au coût d’un emprunt direct par l’entreprise si sa contrepartie est de bonne qualité, rappelle Eric Le Lay, responsable du financement du négoce de matières premières chez Société Générale. Avantage pour l’exportateur, il assure en même temps son risque sur l’acheteur final, voire sur le pays. »

La crise a fait progresser la demande

L’ensemble des produits de financement et d’assurance des transactions internationales ont bénéficié du même regain d’intérêt. BNP Paribas a ainsi vu doubler les demandes d’escompte de créances export qui lui étaient adressées. « La crise a fait progresser la demande de solutions sécurisées, et les mouvements comme ceux qui agitent le Moyen-Orient contribuent à soutenir la croissance d’outils comme les crédocs ou les garanties bancaires », indique de son côté Thierry Roehm, directeur du trade finance, biens de consommation et d’équipement chez Société Générale.

Les banques ont notamment été les premières à se féliciter de cette évolution, puisque leurs crédits sont alors garantis, en général, à 85 %. En outre, les formes traditionnelles de soutien public, via essentiellement la Coface, ont été réactivées et même étendues. « Beaucoup d’exportateurs n’ayant plus, avec la crise, un accès aussi facile qu’avant au crédit bancaire, les entreprises ont demandé aux pouvoirs publics d’étendre la gamme de produits aidés, explique Denis Stas de Richelle. La Coface a ainsi accepté de couvrir une partie des cautions bancaires, ou des confirmations de lettres de crédit ouvertes par des banques étrangères. »

Cette évolution a été marquée dans l’ensemble des pays occidentaux. « Les produits des agences de crédit export (ECA) ont été adaptés au contexte actuel, en offrant une réelle alternative de financement dans un contexte de maintien de niveaux d’investissements élevés », remarque Olivier Paul, responsable des financements export de BNP Paribas.

De fait, le besoin de couverture se révèle important. « Les demandes d’escompte de créances export qui nous sont adressées ont progressé de plus de 20 % l’an dernier et l’augmentation des crédits documentaires s’inscrit dans la même tendance », souligne Hervé Solignac Lecomte, directeur du commerce international de HSBC France. En pratique, on note une extension des couvertures sur des risques jusqu’ici peu couverts. « Le besoin de sécuriser des transactions internationales concerne à présent aussi les grandes entreprises à l’étranger, annonce Philippe Geronimi, directeur général délégué de Cofacrédit. La visibilité économique étant limitée, les entreprises ne veulent pas prendre de risques sur leurs clients significatifs à l’étranger. » De même, les demandes de financements sécurisés portent aussi, désormais, sur des pays jugés sans risque récemment. « Le crédit export n’est plus réservé aux pays émergents mais est utilisé de plus en plus fréquemment dans des transactions avec des pays OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques, NDLR) », observe Olivier Paul. Enfin, les entreprises ont tendance à opter pour des solutions financières prenant plus largement en compte l’ensemble de leurs risques. « Les entreprises se focalisent à présent sur des produits plus complets, voulant aussi bien accélérer des paiements qui s’allongent que se couvrir contre le risque d’insolvabilité de leurs clients et contre le risque de change », précise Philippe Geronimi.

Les banques se renforcent

Face à ces besoins, les banques étoffent leurs capacités, notamment les acteurs français, traditionnellement bien placés à l’export. Société Générale, avec déjà une centaine de professionnels dans le monde responsables de financement export, renforce son dispositif. « Le développement de nos activités en Asie constitue un axe important de notre stratégie, les crédocs étant très appréciés de l’Asie qui est à l’origine de 67 % de la demande, fait savoir Thierry Roehm. Nous renforçons notre dispositif, et le renouvellement de nos systèmes informatiques dans la région est en cours, avec l’accroissement de nos équipes commerciales de ‘trade finance’. » Le groupe prévoit aussi de nouvelles offres pour ses clients PME tournés vers l’export. BNP Paribas a également suivi l’évolution du marché. « Nous étoffons nos équipes partout dans le monde pour servir tant les exportateurs que les importateurs, confie Olivier Paul. En outre, nous introduisons plus d’ingénierie dans les crédits export, les liant à d’autres produits bancaires comme des outils de couverture de risque de taux. »

Autre exemple, HSBC en France mobilise son réseau pour prendre des risques difficiles comme le risque irakien. « Cette année, HSBC France place l’international au cœur de sa stratégie pour les PME, assure Hervé Solignac Lecomte. Nous souhaitons gagner des parts de marché et allons multiplier par deux nos forces commerciales en 2011. Nos revenus doivent également doubler. » Spécialiste de l’achat de factures, Cofacrédit, numéro un sur son marché, met également les bouchées doubles. « Selon la dispersion de nos risques et la situation de notre client, nous sommes parfois en mesure de nous engager au-delà des garanties consenties par les assureurs crédit », indique Philippe Geronimi. Ses volumes d’affacturage international ont augmenté de 36 % l’an dernier.

Des services de conseil

Autre axe majeur des offres, elles veulent répondre au besoin de conseil des PME, peu familiarisées en France avec le crédit export, et les diriger dans l’utilisation d’outils complexes. « Les entreprises nous demandent, en plus des financements, des informations sur leurs marchés à l’exportation, l’environnement juridique, les habitudes de paiement…, dit Patrice Coulon, directeur général adjoint de GE Capital. Notre offre de conseil est importante, notamment auprès des nouveaux exportateurs. » Les banques éclairent notamment les exportateurs sur les liens à établir entre les négociations commerciales et les solutions de financement.

Mais le plus gros du travail consiste à guider les entreprises parmi les dispositifs d’aides multiples (lire l’encadré page 45), associant désormais Oséo (lire l’entretien) à la Coface, à Ubifrance, aux chambres de commerce… Le fait est que si les aides à l’export ont pu faire l’objet de critiques, y compris de la Cour des comptes, sur leur manque d’efficacité, elles sont fondamentales pour encourager les PME. « Les dossiers de crédit fournisseur à l’export assortis d’une assurance Coface sont plus demandés mais ils réclament beaucoup d’énergie dans leur préparation, il y a là une vraie difficulté », déplore Hervé Solignac Lecomte.

Alors que la sortie de la crise se confirme, les acteurs souhaitent que les éléments de flexibilité qui ont été mis en œuvre sur le financement export restent actifs. Ils ont été globalement renouvelés pour 2011. « Toutefois, les agences de crédit export auront peut être la tentation, pour des raisons budgétaires et de retour à une certaine efficience des marchés, de revenir à des paramètres d’octroi plus stricts, avance Olivier Paul. La pression du marché et la forte compétitivité auxquelles sont soumis les industriels, ce dont les ECA sont totalement conscients, devraient militer en faveur du maintien d’instruments souples, adaptés et efficaces pour le soutien à l’export, ce qui est largement le cas aujourd’hui. »

Autre souci, avec Bâle III, les engagements des banques en trade finance pourraient être plus pénalisants au titre des ratios de liquidité. Même si les banques se montrent très volontaires à l’export, des solutions complémentaires sont déjà en vue. « L’export coûte cher et les entreprises vont avoir de plus en plus de mal à obtenir des engagements bancaires avec Bâle III, estime Jean de Puybaudet, directeur général de Capital Export, un fonds de capital-investissement focalisé sur les PME exportatrices. Par ailleurs, les dispositifs publics ne sont pas suffisants pour des opérations d’envergure à l’étranger, investissements ou rachats de cibles. » Le fait est que certains gérants s’intéressent de plus près aux entreprises très exportatrices…

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