Dossier Investissement vert

Un contexte mondial favorable aux énergies renouvelables

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

La hausse des prix du pétrole et du charbon va renforcer leur place dans le « mix énergétique » à moyen terme.

Le transfert potentiel vers des énergies vertes est tellement convenu qu’on l’oublie parfois », lance Serge Savasta, responsable « énergies renouvelables » chez Crédit Agricole PE. Un sujet rattrapé par l’actualité au Japon et la hausse soudaine des valeurs « énergies renouvelables » (+40 % pour Solarword par exemple les 14 et 15 mars)... Mais la tendance semble s'imposer : les sources d’énergies « traditionnelles » se font rares et chères. Le prix moyen du pétrole a été multiplié par 4 en quinze ans (hors tensions géopolitiques), celui du charbon par 2. Leur impact environnemental doit aussi être maîtrisé alors que la consommation mondiale d’énergie continue de croître : elle a été multipliée par 2 en 1973-2008 avec 12.300 millions de tonnes équivalent pétrole - et par 3 pour l’énergie électrique -, et devrait progresser encore de 30 % dans les 25 prochaines années, « au même rythme que le PIB », précise Didier Laurens, analyste spécialisé chez SG CIB. « Des catastrophes écologiques comme Fukushima ou BP dans le golfe du Mexique vont augmenter les coûts liés à la sécurité des énergies conventionnelles (d’environ 15 % pour le nucléaire), qui avaient déjà un problème de renouvellement des capacités », ajoute Hervé Guez, responsable recherche extra-financière de Natixis AM.

L'éolien plus avancé

« Il y a une véritable place pour les énergies vertes, à l’heure où de nombreux pays réfléchissent à la réallocation de leur mix-énergétique », estime Olivier Ken, analyste environnement à la Financière de Champlain, soulignant les aléas liés aux évolutions réglementaires. La Chine est revenue sur ses ambitions dans le nucléaire. Allemagne, Etats-Unis, Royaume-Uni, Afrique du Sud ou Italie vont aussi revoir le sujet...

Quels seraient les segments gagnants ? L’Agence internationale de l’énergie (IEA) anticipait déjà l’an dernier que la part du pétrole tomberait de 33 % à 28 % du mix-énergétique en 2035 (avec un baril de brut à 113 dollars), au profit des énergies renouvelables portées de 7 % à 14 %. « A court terme, on a déjà vu remonter à 4,50 dollars le prix du gaz naturel, dont les Japonais vont avoir besoin dans les mois à venir. Or, c’est justement sa baisse - déconnectée de la hausse du pétrole aux Etats-Unis - bien au-dessous de 6 dollars qui avait marqué en 2010 un coup d’arrêt pour l’éolien », poursuit Olivier Ken, évoquant l’impact sur les grandes valeurs (Iberdrola, EDPR, China Longyuan ou Vestas, Gamesa, Sinovel, GoldWind...). L’énergie éolienne est en effet, tant en coût de production que de facteur de charge*, la plus avancée parmi les renouvelables, comme l’a senti le gouvernement chinois en programmant 110 GW pour 2015 (contre 40 aujourd’hui).

« Le solaire reste pour nous l’énergie d’avenir », ajoute Olivier Ken, évoquant la chute du prix des panneaux, liée aux surcapacités des producteurs chinois malgré un marché domestique en fort développement : « Cette baisse a atteint 20 % l’an dernier, permettant déjà une forte augmentation des installations (de 40 à 60 GW, contre 190 pour l’éolien), et les prévisions de volumes et de marges laissent encore anticiper une diminution de 20 % cette année. » « Les marchés sont difficilement comparables », nuance Didier Laurens, critique à l’égard de la notion de « parité-réseau » pour l’énergie électrique : « Dans les énergies thermiques, le coût du combustible représente 60 % à 70 % du coût de production total. Dans les énergies nouvelles, c’est le coût du capital (avec de la dette ‘projet’ sans recours), appelé à augmenter dans les prochaines années, qui représente 90 % ! » Il faut y ajouter - sauf pour le solaire thermique - le faible rendement de la transformation en énergie électrique (autour de 20 %). Et le coût du transport pour les parcs photovoltaïques, qui ont peu de sens économique, hors subventions, en l’absence de technologies de stockage viables. « Sauf aux Etats-Unis avec l’usage des climatiseurs en journée », rappelle Didier Laurens. Même l’Italie, proche de la « parité-réseau » à 250 euros le MWh, réfléchit à reporter à 2012 ses baisses de tarifs de rachat, ce qui maintiendrait l’intérêt des investisseurs financiers. « L’avenir de cette énergie reste dans le ‘bâtiment’ », ajoute Hervé Guez, évoquant ce fabricant des matériaux de construction qui y consacre un tiers de ses investissements de croissance.

Les spécialistes de l’efficience énergétique (comme les câbles, les compteurs, les logiciels « smart grid » ou les systèmes d’éclairage LED) devraient profiter en premier des évolutions : « D’autant que les pays émergents investissent directement dans ce type d’infrastructures pour réduire leur consommation », insiste Olivier Ken. Dans une logique économique et écologique, la Suède (pour 2010) et l’Italie (pour 2011) ont déjà adopté la directive européenne sur les compteurs « intelligents ». Enfin, en dehors des véhicules cotés spécialisés, les professionnels insistent aussi sur l’essor continu de l’hydraulique et de la biomasse (voir le tableau). 

*Rendement/temps d’utilisation de l’équipement de production : de 40 % pour l’éolien, contre 80-90 % pour les énergies thermiques et 15-20 % pour le solaire.

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