Coface Services se transforme en vue d’une cession potentielle

le 23/01/2014 L'AGEFI Hebdo

La filiale de Natixis se détache de ses activités historiques de gestion de créances pour se concentrer sur l’information aux entreprises

Rebaptisée Ellisphere depuis le 1er  janvier 2014, Coface Services, ex-filiale de l'assureur-crédit, est aujourd’hui directement rattachée à Natixis. Elle a décidé de se spécialiser sur l’information aux entreprises, apportant ainsi ses activités de gestion de créances commerciales, son métier historique, à une coentreprise, IJCof, créée avec Intrum Justitia France, un acteur important du secteur. Les deux actionnaires avaient déjà noué un partenariat semblable en 2011 dédié aux créances civiles.

Si, dans l’immédiat, Jean-Yves Bajon, directeur général d’Ellisphere, affirme se concentrer sur le nouveau virage pris par la société pour son changement d’identité, il ne cache pas son intérêt pour un autre projet : devenir agence de notation. Et de remettre sur la table un vieux dossier auquel il avait largement pris part à l’époque où il était porté par Coface et qui avait été abandonné, entre autres, en raison des liens capitalistiques que l’assureur-crédit entretenait avec un établissement bancaire. De là à supposer que la séparation entre Natixis et l’ex-Coface Services est proche, la marche n’est pas très haute. Au même titre que Coface, dont l’introduction en Bourse est prévue avant la fin du premier semestre 2014, Ellisphere ne constitue pas une participation stratégique pour la banque. Il est donc probable qu’elle connaisse, à terme, un destin similaire à celui de son ancienne maison mère. Obtenir le statut d’agence de notation lui permettrait, d’après un observateur du secteur, d’augmenter sa valorisation.

Pour l’heure, Ellisphere se limite à une activité de scoring d’entreprises (analyse automatique de variables quantitatives sur la base de modèles mathématiques). Cependant, lorsque les scores sont retraités par des analystes qui introduisent des éléments qualitatifs dans les algorithmes, la frontière avec l’univers de la notation est mince. Le régulateur européen, l’Esma (European Securities Markets Authority), à qui la société « n’a pas encore décidé, à ce stade, de soumettre un dossier d’agrément », n’a pas manqué de le lui rappeler et exige que ces scores modifiés soient qualifiés de notation privée, c'est-à-dire réservés au seul client qui en fait la demande, donc non diffusables.

Fonds de prêt à l’économie

En attendant, Ellisphere a d’autres ambitions : s’engager, à son niveau, au service du financement de l’économie. Précisément, elle entend « contribuer au mouvement de désintermédiation bancaire en apportant son expérience au développement des fonds de prêts à l’économie (FPE) », ces véhicules d’investissements spécialisés dans la dette d’entreprises, ETI et PME essentiellement, récemment éligibles au bilan des compagnies d’assurances à hauteur de 5 %, soit un potentiel de 90 milliards d’euros.

Elle souhaite ainsi faire profiter aux investisseurs, assureurs dans un premier temps à qui il incombe une obligation de suivi de la qualité des prêts qu’ils portent, de la richesse de ses bases de données et de sa capacité à suivre l’évolution de la santé des entreprises (6,5 millions d’entités passées en revue). En somme, offrir ses services, particulièrement sur le créneau des PME-ETI, à des assureurs directement ou à leur délégataire pour ceux qui, n’ayant pas la capacité à répondre à cette contrainte en interne, pourraient sous-traiter tout ou partie du suivi du risque.

L’ensemble des acteurs est en train de s’organiser autour de cette nouvelle forme d’investissement en concevant l’offre et le modèle économique. Celui d’Ellisphere « est et demeure l’investisseur payeur (ce qui évite tout conflit d'intérêts, comme c’est le cas dans le modèle émetteur payeur), explique Jean-Yves Bajon. Nos 'scores', très largement utilisés dans la gestion du crédit interentreprises, sont financés par les utilisateurs et non par les entreprises qui sont évaluées, qu'elles le veuillent ou non ».

Quant à l’activité de gestion de créances, elle ne représente désormais plus son cœur de métier. Ceci étant, IJCof, entreprise dont elle détient 42 % du capital, constitue, en tant que spécialiste du recouvrement, l’un de ses plus précieux fournisseurs d’informations. Mais pour compléter sa base de données, Ellisphere, lui-même sous-traitant, à l’occasion, d’agences de notation, fait également appel à des prestataires extérieurs, tels que des affactureurs par exemple. Ces derniers ont d’ailleurs l’avantage de connaître les difficultés rencontrées par les clients des entreprises dont ils ont racheté les créances avant même qu’une procédure de recouvrement ne soit engagée.

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