Les cabinets d’avocats chinois s’installent à Paris

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Les géants du droit multiplient les accords avec des cabinets français pour se développer en Europe et en Afrique en accompagnant leurs clients.

Discrètement mais sûrement, ils s’installent dans la capitale. Puisque les investisseurs chinois s’intéressent de plus en plus à la France, leurs grands cabinets d’avocats d’affaires de même origine y nouent des alliances avec des homologues français. Signe de cette tendance, AllBright, qui figure parmi les plus importants cabinets d’avocats de l’Empire du Milieu (voir le tableau), a contracté avec le parisien De Pardieu Brocas Maffei l’an dernier. « Il s’agit du premier accord signé entre un grand cabinet chinois et un cabinet français reconnu, souligne Ghislain de Mareuil, ex-consultant d’AllBright à Shanghai, qui a rejoint De Pardieu Brocas Maffei pour mettre en œuvre ce partenariat. Le but d’AllBright est de se développer ainsi en France et en Europe pour y accompagner ses clients chinois. » Sachant que les avocats chinois n’ont pas le droit d’exercer dans l’Hexagone, seul un tel accord pouvait permettre à ses membres de conseiller leurs clients dans notre pays. « Comme tous les grands cabinets chinois, AllBright souhaite dorénavant s’internationaliser, alors que la Chine investit de plus en plus hors de ses frontières, depuis la crise », explique Ghislain de Mareuil. Les flux d’investissement entre ce pays et le reste du monde circulent désormais dans les deux sens. Toutefois, si Yingke, le numéro 2 chinois en nombre d’avocats, et Zhong Lu, numéro 5, ont ouvert un bureau à Londres en 2012, beaucoup préfèrent Paris, tel AllBright, qui n’était jusque-là implanté qu’en Chine.

Dacheng Law Offices, le premier cabinet chinois, avec plus de 3.000 avocats, commence aussi à se développer à l’étranger. Après s’être implanté aux Etats-Unis, il a signé une convention de coopération avec le cabinet parisien Herzog, Zibi et Associés qui affiche désormais le nom de Dacheng Law Offices sur la plaque ornant ses locaux. « Nous avions initialement noué une simple alliance. Nous sommes maintenant affiliés au réseau de Dacheng Law Offices depuis que l’Ordre des avocats de Paris a reconnu, en 2011, que nous étions un bureau de Dacheng », explique Michaël Zibi, associé gérant de ce cabinet d’une douzaine d’avocats. En 2012, le chinois Grandall Law Firm s’est également installé à Paris, son premier bureau en Europe. L’Ordre des avocats a validé sa convention avec le français Tao Sun, rebaptisé depuis Grandall Paris Office.

« Les alliances entre cabinets chinois et français se multiplient depuis deux ou trois ans, alors qu’augmentent les investissements chinois en France et en Europe », constate l’avocat français d’origine chinoise Alexandre Shi Renlin. Son cabinet parisien, qui compte une dizaine d’avocats, a été l’un des premiers à rejoindre un grand de Chine, DeHeng, il y a dix ans, et à être affilié à son réseau. Il figure désormais parmi les cinq bureaux que compte DeHeng à l’étranger, aux côtés de La Haye et de Bruxelles. Et il voit défiler un nombre croissant de dossiers pour des clients chinois. Alexandre Shi Renlin a notamment conseillé le groupe chinois Taihai dans l’acquisition du groupe métallurgique français Manoir Industries en décembre dernier. De son côté, Michaël Zibi a travaillé sur la cession de vignobles français, notamment du bordelais le Grand Mouëys, à des investisseurs privés.

Porte d’accès à l’Afrique

Les avocats Chinois sont d’autant plus intéressés par la France qu’elle est considérée comme une porte d’entrée sur le Vieux Continent. « Dacheng a fait un premier pas en France, mais son souhait est d’être présent partout en Europe », souligne Michaël Zibi. Autre atout : notre pays est également vu comme un accès vers l’Afrique. « Nos clients chinois cherchent à se développer en Afrique, attirés par ses matières premières, la construction d’usines et d’infrastructures, indique Alexandre Shi Renlin. Or la France est considérée comme un point de départ pour investir en Afrique francophone. »

Dans cet environnement, le développement des cabinets chinois en France et en Europe n’en serait qu’à ses débuts. « Il s’agit d’un mouvement de fond, lié au développement de l’économie chinoise, et qui ne fait que commencer. C’est un peu comme les avocats américains à Paris il y a cinquante ans. Ils ont d’abord noué des alliances puis ouvert des bureaux », estime Ghislain de Mareuil. Celui-ci prévoit d’autres alliances entre cabinets chinois et français dans les années à venir et des ouvertures de bureaux.

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