L'invité de L'Agefi

Le Budget 2013 est destructeur pour les créateurs d'entreprise

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Il crée un climat asphyxiant pour nos entrepreneurs et empêche la naissance de champions nationaux.

Par Guillaume Cairou, PDG du groupe Didaxis, président du Club des Entrepreneurs et membre de CroissancePlus

Disons-le sans détour, le Budget 2013 est un budget de destruction. De destruction économique d’abord, puisque nous savons désormais que notre politique économique ne restaurera pas la compétitivité de nos entreprises. De destruction des potentiels ensuite par la fuite des cerveaux qu’il va entraîner. De destruction entrepreneuriale aussi par la stigmatisation des entrepreneurs. De destruction sociale puisque, alors que les charges pesant sur le travail étaient déjà supérieures d’un tiers en France à la moyenne européenne, elles vont continuer à augmenter. De destruction fiscale enfin, notre impôt sur les sociétés étant le plus élevé d’Europe, il est en passe de devenir l’un des plus élevés au monde.

Il n’y a pas d’autre gisement d'emplois que les entreprises. Le travail crée le travail. Comment accepter que le gouvernement n’entende pas cette évidence, surtout dans ce contexte ? La croissance est inexistante, notre taux de marge est deux fois plus faible que celui de nos voisins allemands.

Ce budget crée un climat asphyxiant pour nos entrepreneurs et empêche la naissance de champions nationaux. Dès lors, comment ne pas y voir une des raisons du fait que Facebook et Google ne soient pas nés en France. Nous attendons-nous sérieusement à voir naître les champions de l’économie mondiale de demain dans notre pays avec une taxation des plus-values à 60 % ? Avec la quasi-suppression des auto-entrepreneurs ? Avec une hausse généralisée des charges, des impôts, des cotisations, des taxes, des emplois publics alors que notre modèle est à réformer ? Avec la suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires alors qu’il faut redresser notre pays ? Avec de la dépense publique alors que nous sommes surendettés ?

Un entrepreneur qui a réussi en France vend son entreprise. En Allemagne, il réinvestit. Résultat ? 300.000 PME exportatrices en Allemagne, 90.000 en France. Demandons-nous pourquoi !

Oui, ce budget aurait dû faire de la France un pays plus compétitif. Au lieu de quoi il va faire en sorte que les porteurs de projets vont continuer à s’abstenir de prendre des risques dans notre pays et investir ailleurs… Tout cela parce que les gouvernements qui nous entourent, eux, ont compris qu'il fallait avant toute chose miser sur l’entrepreneuriat et encourager l'investissement plutôt que de les en empêcher par une fiscalité abracadabrantesque bien française.

Nous sommes sous la pression des marchés internationaux et nous perdons en compétitivité coût, hors coût, et même en compétitivité « psychologique » grâce à une invention qui nous est propre : l’Etat taxe désormais 75 % des revenus des seules personnes capables d’investir chez nous.

C’est l’exact inverse qu’il fallait faire : nouveau contrat de travail unique à durée indéterminée, donnant plus de sécurité aux salariés et plus de souplesse aux entreprises, défiscalisation des heures supplémentaires, baisse de l’impôt sur les sociétés pour les entreprises qui investissent ou créent des emplois en France, réforme de la formation professionnelle, défiscalisation des emplois des services à la personne et allègement des charges sociales pesant sur les séniors.

Oui, ne nous le cachons pas, la politique fiscale dessinée pour 2013 fera au mieux fuir les investisseurs ; au pire, elle entravera définitivement la place de notre pays dans la compétition économique mondiale.

Enfin, alors que l'exécutif suédois vient d’inscrire dans son budget 2013 une baisse sensible du taux de l'impôt sur les sociétés, alors que nous avons dix fois moins d’investisseurs par rapport à nos voisins européens, et que les banques ont fermé le robinet du crédit, le gouvernement supprime la déductibilité des intérêts d’emprunt de nos entreprises, ce qui les conduira à ne plus s’endetter et les empêchera d’innover.

Qu’attendons-nous pour enfin mettre en place en France une dévaluation fiscale afin de rendre le coût du travail compétitif pour les entreprises exportatrices ? Car l’avenir de la France, ce sont ses entrepreneurs, comme en témoigne son déficit commercial qui est le plus élevé de la zone euro.

Le modèle français, fondé sur le financement de la consommation par l’endettement public au détriment de la production et de l'emploi, est en lui-même insoutenable. Nous, entrepreneurs, réagissons !

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