L'avis de... Stéphane Tortajada, directeur financement et investissements d’EDF

« Les banques doivent évaluer la rentabilité globale d’un client »

le 03/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Vous avez refinancé 4 milliards d’euros en 2010 sans « covenant » et sans grille d’ajustement de la marge. Comment expliquer ces conditions ?

Le moment sur le marché était favorable : nous avons senti qu’il y avait à l’automne de la profondeur pour une opération de cette taille. Les banques avaient l’envie d’aller vers de très bonnes notations, comme celle d’EDF. Il faut aussi noter que nous n’avons pas de ligne bancaire tirée. Nous nous finançons essentiellement sur le marché, et même au plus fort de la crise, nous avons toujours pu avoir accès au marché obligataire. Nos lignes bancaires sont là en soutien de nos programmes de papiers commerciaux et en back-up. Cela nous a permis de lever 4 milliards sur ce crédit syndiqué, contre 3 milliards envisagés, et de sortir à 35 points de base (pb), +15 pb si nous tirons la ligne à plus de 50 %.

Avez-vous été sollicités par les banques ?

Bien que nous ayons eu quinze bookrunners plus dix banques en second niveau, nous n’avons pas eu de sollicitation particulière en amont de cette opération. Notre ligne précédente de 6 milliards signée en 2005 n’expirait qu’en 2012 mais nous ne voulions pas tout refinancer en une seule opération. C’est pourquoi nous avons cherché dès 2010 à en refinancer la moitié sur cinq ans avec deux options d’extension d’un an chacune.

Les banques peuvent-elles être rentables aux conditions que vous avez obtenues ?

Face aux risques qui pèsent sur le financement des banques notamment avec Bâle III, certains banquiers se montrent réticents sur ce type d’opération. Cela étant, je pense que les banques doivent évaluer la rentabilité globale d’un client et non la rentabilité opération par opération. En étant présentes à nos côtés sur ce refinancement, elles savent qu’elles nouent une relation étroite qui leur permettra d’être consultées sur d’autres transactions. Car nous sommes aussi par exemple un gros émetteur obligataire.

Quand refinancerez-vous le solde de votre ligne de 2005 ?

Ayant eu le souci d’intervenir en deux temps pour lisser nos opérations, nous envisageons de refinancer la seconde moitié de cette ligne au second semestre 2011. Nous chercherons encore à lever au moins 3 milliards si les conditions de marché sont favorables.

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