Axa finance en direct des entreprises de taille intermédiaire

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Cette diversification de ses investissements a pris une forme innovante avec des prêts à des entreprises non notées, en partenariat avec leur banque maison.

La désintermédiation du crédit progresse. Comme toujours en innovation financière, les premières opérations se font sur des noms de qualité, en l’occurrence Sonepar et Neopost, de notation implicite de type « investissement » : le numéro un français de l’assurance vient de les financer, en partenariat avec Société Générale pour le premier, Crédit Agricole CIB pour le second, selon un schéma identique dans les deux cas, autant qu’inédit.

Il ne s’agit en effet plus pour l’investisseur de souscrire une émission obligataire publique ou privée : l’assureur reprend directement dans ses livres une partie - 80 % dans le cas du leader de la distribution électrique professionnelle - dans un prêt octroyé par la banque. Il est vrai que pour les assureurs, en quête de diversification des actifs, ce mode d’investissement « en transparence » bénéficiera avec Solvabilité II d’un traitement prudentiel plus favorable que des investissements dans des fonds de dette.

Des intérêts alignés

Au passage, la banque allège son bilan et améliore sa liquidité tout en restant proche de son client. « Ce nouveau financement nous a été proposé par Crédit Agricole CIB, banque historique du groupe, qui en a accompagné toute la mise en œuvre, relate ainsi Jean-François Labadie, directeur financier de Neopost (un milliard d’euros de chiffre d’affaires). La banque et l’investisseur inscrivent cette opération dans le cadre d’une coopération durable. »

De fait, dans ce type de montage, les intérêts des deux bailleurs de fonds sont alignés. « Société Générale conserve une proportion minoritaire du prêt, gage d’alignement d'intérêts avec l’investisseur, explique Guy Silvestre, coresponsable du département Global Capital Markets chez Société Générale. De quoi également être à la manœuvre en cas de difficulté durant la vie du crédit, ce que l’assureur n’est pas à même de traiter. » En même temps, la banque trouve avec Axa un partenaire de choix à présenter à son client. « Nous lui apportons notre nom ainsi qu’une solution pérenne de financement, alternative au marché », résume Laurent Clamagirand, directeur des investissements du groupe Axa.

En pratique, les deux banques gardent un rôle prééminent dans le montage du crédit, tenant compte de la relative inexpérience de l’assureur face au crédit d’entreprises non notées. Les partenariats lui apportent un accès plus rapide aux émetteurs, avec une mise en place plus facile des opérations. « En vertu d’un accord de coopération et de confidentialité, nous donnons à Axa des informations sur l’historique, le profil financier et la liquidité de l’emprunteur, avec l’autorisation de celui-ci, décrit Guy Silvestre. Le montant du crédit, sa maturité et la marge sont négociés ensuite d’un commun accord avec l’entreprise. »

Axa entend en effet s’engager progressivement dans une véritable relation avec les emprunteurs de type ETI (entreprises de taille intermédiaire). « Avec ce type opération en forme de prêt, le formalisme est un peu plus poussé que dans le cadre d’un placement privé obligataire, et nous développons avec le client une relation plus forte pour préparer la prise d’engagement, puis la relation, au fil de la vie du crédit », confie Laurent Clamagirand.

Ainsi, les crédits obtenus le sont à des conditions satisfaisantes pour les emprunteurs. « Les conditions sont équivalentes à celles que Neopost aurait obtenues sur le marché, compte tenu de sa notation implicite en catégorie 'investment grade' », estime Christophe Liaudon, responsable de la trésorerie chez Neopost. » Le processus de négociation avec Axa se compare à celui d’un placement privé tel que nous l’avons déjà pratiqué, ajoute Jean-François Labadie. Au total, cette forme de financement ne représente pas plus de contrainte qu’un crédit bancaire. »

Un résultat appréciable étant donné les montants en jeu, des crédits d’une centaine de millions d’euros dans les deux cas. « Compte tenu des quelque 500 milliards d’euros d’actifs que pèse notre portefeuille, il faut, pour que ce nouvel axe d’investissement ait un impact sur notre gestion, qu’il représente globalement entre 500 millions et 1 milliard d’euros, précise Laurent Clamagirand. Nous tablons ainsi sur une dizaine d’opérations par an avec Société Générale, chacune de 50 à 100 millions d’euros. Plusieurs sont en préparation. »

Le fait est que si les entreprises voient avec ces transactions l’opportunité de diversifier leurs bailleurs de fonds, les banques se posent en véritables intermédiaires à valeur ajoutée. « Les clients 'corporate' seront bientôt en mesure de pouvoir bénéficier d'un vrai bassin d'investisseurs institutionnels, l'intervention de plusieurs acteurs étant un gage de fluidité et d'efficience au niveau des conditions financières notamment », indique Guy Silvestre.

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