DOSSIER CASH MANAGEMENT

A la recherche de la liquidité

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Les entreprises s’engagent dans des solutions plus globales, disponibles auprès des banques spécialisées.

Illustration : Guillaume Decaux

La centralisation de la trésorerie progresse constamment, relate Daniel Biarneix, directeur des financements et de la trésorerie chez Saint Gobain. Ces dernières années, nous avons ainsi développé par exemple le 'cash pooling' (centralisation des soldes de comptes, NDLR) en Chine, ou la possibilité de financements directs par la holding dans des pays comme la Chine, l’Inde, le Mexique, la Roumanie. »

Le cash management confirme sa montée en puissance. Les opérations permettant à une entreprise de mobiliser au mieux sa liquidité concernent désormais la plupart des pays, y compris ceux que leur réglementation tatillonne excluaient des cash poolings. « Les conditions pour les virements internationaux au départ de Chine se sont assouplies, expose Tancrède Carpenter, responsable cash management pour la France et l’Italie chez JPMorgan. Le renmimbi étant depuis juillet dernier convertible à Hong Kong, un compte sur cette place peut recevoir des fonds de Chine et être intégré à un 'cash pooling' mondial. Ainsi, nous travaillons à diverses solutions pour optimiser la gestion des comptes chinois. » Les grandes banques leaders sur cette activité s’emploient à étendre leurs offres de trésorerie centralisée. « Nous proposons des solutions dans diverses régions du monde, traitant la plupart des monnaies, et que nous rattachons à nos systèmes en France et au Royaume-Uni, permettant à nos clients une vision sur toutes ces régions depuis l’Europe », indique Christophe Roy, responsable du cash management chez HSBC France.

Les banques françaises ne sont pas en reste pour la mise au point de ce type de solutions à géométrie variable. « Nous sommes en mesure de procéder à des 'cash poolings' physiques et notionnels - la compensation des soldes de comptes en devises sans transfert physique des fonds - dans plus de cinquante pays dans le monde, explique Pierre Ferzstand, responsable mondial du cash management chez BNP Paribas. En outre, nous intégrons des banques tierces dans la chaîne, combinant au besoin des centralisations physiques et notionnelles dans un même circuit. Autant d’améliorations qui sont le fruit d’investissements importants. » En pratique, BNP Paribas est présent dans 80 pays, dont 10 en Asie. De son côté, Société Générale réalise également des progrès réguliers dans l’élargissement de ses opérations de trésorerie. « Nous sommes à même de centraliser les soldes de comptes ouverts dans d’autres banques, Société Générale ayant passé quelque 350 accords avec d’autres établissements à cette fin, un nombre qui augmente rapidement et qui se révèle être un avantage concurrentiel dans certains pays, précise Eric Flour, directeur marketing cash management chez Société Générale. Bien des entreprises moyennes se développent à l’international depuis la France comme depuis l’Europe de l’Est ou le bassin méditerranéen, avec des besoins plus complexes, en devises notamment. »

Les banques entendent ainsi tirer parti de l’attention accrue à la liquidité et aux processus de centralisation que la crise inspire aux entreprises. « Après avoir en priorité sécurisé leurs lignes au lendemain de la crise de 2008, les 'corporates' s’intéressent davantage, depuis douze à dix-huit mois, à leur 'cash pooling' et à leur 'cash management' en général, de façon à optimiser leurs systèmes et revoir les prix », constate Tancrède Carpenter. Cette préoccupation pousse les solutions de cash management jusque dans les entreprises moyennes. « Nous avons revu notre offre et nos outils en privilégiant les mesures qui sont de nature à améliorer la trésorerie le plus rapidement possible, l’important nous semblant être aujourd’hui de traiter l’urgence qui risque de se faire jour sur ces sujets », confie Gilbert Le Pironnec, associé chez Grant Thornton, à propos de son offre dédiée aux entreprises de taille intermédiaire.

Ratio LCR

Côté banques, les nouvelles règles prudentielles donnent encore plus de relief à l’activité de cash management, traditionnellement prisée pour permettre une grande proximité avec les entreprises. « Le 'cash management' est fortement favorisé par le ratio LCR ('liquidity coverage ratio', liquidité à un mois, NDLR), problème numéro un des banques françaises avec Bâle III, relève David Laugier, directeur général de Bfinance en France. Elles investissent ainsi massivement dans cette activité. »

Ces derniers mois, elles étaient surtout actives dans l’accompagnement des entreprises sur la problématique de communication bancaire liée à la fin d’Etebac (lire page 34). « Nous avons mis beaucoup de moyens pour accompagner nos clients et nous avons été les premiers sur Ebics », rappelle Pierre Ferzstand. Autre progrès sur la voie d’une rationalisation plus forte des opérations de trésorerie, la migration d’Etebac a débouché sur l’adoption fréquente de la solution de messagerie Swift. « Nous avons été agréablement surpris par le développement de SwiftNet, qui a rencontré un vif succès, plus important que prévu puisque 10 % à 15 % de notre clientèle l’a adopté », signale Didier Bruno, responsable du cash management chez Natixis.

Le sujet Etebac a un peu occulté celui du Sepa (Single Euro Payments Area), le passage aux paiements européens qui reste très progressif. « Alors que nous nous attendions à une évolution importante des nouveaux moyens de paiement européens, l’adoption est très timide, reconnaît Eric Flour. Les appels d’offres que nous recevons témoignent toutefois d’un mouvement plus favorable, les problématiques Sepa sont intégrées dans les réflexions plus globales comme des projets de 'payment factory'. »

Les nouveaux outils ont en effet donné l’occasion aux banques de formuler des offres plus sophistiquées. « Associée à SwiftTNet, l'utilisation du Sepa favorise les centrales de paiement, les discussions s’approfondissant sur ce sujet, explique Didier Bruno. Adopté par une partie croissante de nos clients, le format XML prévu par le Sepa permet une harmonisation des formats entre banques et entreprises. En 2012-2013, nous allons axer nos actions d’accompagnement clients sur leurs projets de migration au Sepa. »

Accompagnement

Les banques répondent ainsi aux demandes plus globales des entreprises, associant cash pooling et paiements, autre tendance forte des attentes en gestion de trésorerie. « Les entreprises et leurs trésoriers se rendent compte progressivement que l’environnement réglementaire qui évolue pour les banques risque de les affecter eux aussi dans l’avenir, remarque Christophe Roy. D’où une réflexion sur les grands partenaires stratégiques qui caractérise aussi le 'cash management'. Les demandes de solutions prennent davantage la forme de demandes globales, nous recevons des RFP ('request for proposal' ou appel d’offres, NDLR) couvrant plus de cinquante pays, avec des solutions de connectivité (Swift ou 'internet banking') et des formats standards (XML) qui permettent à une entreprise d’avoir accès à une couverture géographique mondiale. » Plus le nombre de partenaires bancaires est limité, plus ceux-ci concentrent une vision homogène, ce qui répond à la volonté exprimée de contrôler le cash.

Si la banque est capable de faire les paiements et encaissements, la vision est plus intégrée et plus rapide. « Nous recevons de nombreux appels d’offres visant ce type de rationalisation, souligne Pierre Ferzstand. Suite à la fusion avec Fortis, le groupe est présent sous forme de banque domestique dans tous les pays d’Europe, avec les connexions au 'clearing local' et aux paiements locaux que cela implique, tout en fournissant à nos clients un 'reporting' homogène. Notre offre revêt une nouvelle dimension grâce à cela. »

Pour ces systèmes complexes et longs à mettre en place, l’accompagnement est fondamental. « Les équipes de trésorerie souvent restreintes doivent non seulement accomplir un contrôle des flux rigoureux, mais couvrir de plus en plus globalement leur activité, si bien que la demande pour bénéficier au sein des banques d'interlocuteurs spécialisés et dédiés va croissant », fait savoir Christophe Roy. Le sur mesure reste la clé du succès dans l’offre de cash management

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