Face aux géants du web, les éditeurs de contenu font appel à l’Europe

le 13/06/2014

Dernier recours en date à l’encontre de ce qui s’apparente de plus en plus à des comportements anticoncurrentiels, la Commission Européenne est invitée à prendre position.

Désaccords sur les prix de vente entre les géants du web et les éditeurs de contenu dématérialisé

Les désaccords

sur les prix de vente entre les géants du web – Amazon et Google en tête – et

les éditeurs de contenu dématérialisé ne font que commencer. Par exemple, il

est impossible de précommander

un film du catalogue de Warner Bros sur le site

américain de ventes en ligne dont l’offre commerciale de diffusion de contenus

en streaming en cours de lancement exclut par ailleurs pour le moment les

artistes produits par Universal. Les principaux

distributeurs en ligne n’hésitant pas à profiter pleinement de leur position

dominante, les producteurs de biens culturels dématérialisés peinent à obtenir

un prix qu’ils jugent « raisonnable » pour leurs produits. Ces

derniers soutiennent même qu’ils font l’objet de pressions, susceptibles de se

matérialiser par des déréférencements, l’impossibilité de précommander une

œuvre voir un détournement du trafic de leurs propres sites.

Youtube

menacerait d’écarter les artistes indépendants de son service gratuit s’ils

n’acceptent pas les conditions pour figurer au catalogue de la plateforme de

streaming musical que développe actuellement l’entreprise de la Silicon Valley.

Face à ce

qu’ils considèrent être un abus de position dominante, ces artistes  réunis au sein du réseau mondial de

l’industrie musicale indépendante, WIN (The Worldwide Independent Music

Industry Network) sollicitent l’intervention de la Commission Européenne.

« YouTube continue d’approcher  individuellement des labels indépendants avec

un contrat type non négociable et la menace à peine voilée que leur contenu

sera bloqué sur la plateforme si celui-ci n’est pas signé » peut-on

lire dans le communiqué de presse publié par IMPALA, le pendant européen de WIN

mercredi 4 juin. C’est pour cette raison que l’association « demande à la Commission Européenne de

prendre les mesures qui s’imposent au vu des agissements de Youtube» a

ainsi précisé Alison Wenham, PDG de WIN.

Si l’institution a bien

eu « connaissance de l’enjeu » a confirmé

Antoine Colombani, son porte parole sur les questions de concurrence, « elle ne s’est pas encore positionnée. »

La question n’est pas nouvelle. Le 15

mai dernier, l’Open Internet Project (OIP) a publié un manifeste réclamant

« l’interdiction des pratiques de

Google consistant à favoriser ses propres services et contenus » et a

porté plainte devant la Commission Européenne pour abus de position dominante.

Signé par des grands noms européens de l’édition tels que Lagardère Active,

Mediengruppe Madsack ou Axel Springer, le manifeste se concentre sur la

question de la « recherche sans

discrimination ». Le premier motif de la plainte déposée par l’OIP

concerne ainsi le détournement de trafic :« Google privilégie de façon indue ses propres

services de recherche, verticaux et non-verticaux : il développe des

stratégies pour mettre en avant ses propres plateformes (comme YouTube et

Google+) aux dépens de ses concurrents. »

Mercredi 28 mai, Aurélie Filippetti a réagi à un

conflit similaire opposant Amazon à Hachette Livre, détenu par Lagardère

Publishing, « faire du chantage aux éditeurs en restreignant

l’accès du public aux livres de leurs catalogues pour leur imposer des

conditions commerciales plus dures n’est pas tolérable. »

Le différend porterait principalement sur les e-books pour lesquels Amazon exigerait une baisse des prix de

vente, n’hésitant pas pour ce faire à limiter la distribution des supports

physiques édités par Hachette dont The Silkworm (Le ver à soie) le nouveau roman de JK Rowling. Vendant au

Royaume-Uni 78% des e-books édités

par Hachette – 60 % aux Etats-Unis - d’après une présentation datant du 28 mai

2014 disponible sur le site du groupe Lagardère, Amazon dispose effectivement

d’un levier de pression important. Face à cette situation, la ministre de la

Culture et de la Communication a invité la Commission européenne à « exercer toute sa vigilance pour prévenir des

situations d’abus de position dominante si celles-ci étaient attestées en

Europe. »

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