Bonus 2015 : la 9e édition de notre enquête exclusive

La rigueur s’impose dans les banques

le 23/04/2015 L'AGEFI Hebdo

Le plafonnement des primes variables et les changements de périmètre des « risk takers » ont accru les contraintes.

La rigueur s’impose dans les banques
(Fotolia)

Les bonus ne montent plus jusqu’au ciel dans les banques de financement et d’investissement (BFI)… C’est plus que jamais une réalité avec l’entrée en vigueur en Europe du plafonnement de ces primes depuis le 1er janvier 2015 (L’Agefi Hebdo du 16 avril 2015). Une réalité avec laquelle les établissements français doivent composer, tout en ajustant leurs politiques salariales en fonction des nouveaux standards dictés par l’Autorité bancaire européenne (EBA). Depuis 2009, la structure des bonus des banquiers obéit à un schéma très strict : le cash doit être réduit au profit d’une partie différée sur plusieurs années, et versée sous plusieurs conditions (performance du métier, de l’activité, de la banque…).

Chez BNP Paribas (BNPP), les rémunérations variables ont atteint 250 millions d’euros au titre de 2014 pour 830 material risk takers (MRT), contre seulement 357 collaborateurs régulés en 2013, ce qui rend délicate la comparaison avec le montant de 240,7 millions d’euros de variables distribué l’année passée... La banque de la rue d’Antin a versé 68 millions d’euros de primes en cash à ses MRT, avec un montant « théorique » de 182 millions d’euros réparti sur sept échéances conditionnelles entre septembre 2015 et septembre 2018. Société Générale (SG) a alloué 205,2 millions d’euros de rémunération variable à une population régulée de 550 personnes. La banque de la Défense précise que la part en cash est limitée à 30 % « et peut même se situer en deçà de 15 % pour les rémunérations variables les plus élevées ». Au total, son enveloppe accuse une baisse de 38 % par rapport à 2013, année où les « preneurs de risques » étaient au nombre de 360. Pour BNPP comme pour SG, le périmètre de ces salariés a été nettement élargi sous l’effet des nouvelles règles de l’EBA.

Sans surprise, ce sont les activités de marché qui abritent le plus de banquiers régulés : 281 personnes chez SG ont bénéficié de 114,4 millions d’euros de primes variables, soit plus de la moitié du « bonus pool » total. Viennent ensuite 113 banquiers en « financement et conseil », 70 dans les fonctions de contrôle et de support, 39 en banque de détail et 23 dans le pôle « global banking & investor solutions-autres ». Par ailleurs, les banques sont tenues de révéler le nombre de salariés dont la rémunération globale dépasse le million d’euros. Ils ont été 149 chez BNPP, dont 47 au Royaume-Uni, 29 aux Etats-Unis, 30 en Asie et 33 en France, « les autres collaborateurs sont répartis sur cinq autres pays », précise la banque. SG en a comptabilisé 109, sans les détailler par les zones géographiques.

Natixis et Crédit Agricole Corporate & Investment Bank devraient pour leur part publier leurs rapports de rémunération au cours des prochaines semaines, avant la tenue de leurs assemblées générales, respectivement le 19 et le 20 mai (pour Crédit Agricole SA). En attendant, les résolutions qu’elles vont soumettre à leurs actionnaires livrent quelques informations. Natixis comptabilise 259 collaborateurs régulés au titre de 2014 dont 228 identifiés sur la base de critères qualitatifs et 31 avec des critères quantitatifs. Crédit Agricole SA avait identifié l’an dernier 712 salariés soumis à un encadrement.

Rétention des talents

Si la crise de 2008 a bouleversé les politiques de rémunération dans les institutions financières, notamment en leur imposant de rendre publiques certaines données quantitatives, un principe demeure intangible : la culture du secret, qui proscrit aux populations concernées toute communication, en interne, comme à l’extérieur. Ce n’est donc pas sans peine que nos trois partenaires chasseurs de têtes, Vendôme Associés, Singer & Hamilton, et Hudson, ont interrogé les professionnels dans 12 métiers (marchés, fusions-acquisitions, risques, gestion d’actifs, banque privée…) sur leur salaire fixe et leur prime variable, versée cette année au titre de l’exercice 2014.

La neuvième édition de l’enquête annuelle de L’Agefi Hebdo confirme une tendance déjà constatée lors de nos enquêtes précédentes : l’attribution des bonus reste guidée par la parcimonie, a fortiori dans les banques françaises. « La tendance est de les attribuer aux plus performants », explique Amaury La Clavière, en charge de la division banque d’investissement chez Robert Walters à Paris. De fait, l’individualisation est de plus en plus la norme, avec une rémunération variable qui vise avant tout la rétention des talents dans un contexte où les mobilités reprennent et où certains banquiers seniors sont un peu moins « estimés » de leurs employeurs. « Certaines banques qui veulent favoriser leurs collaborateurs plus juniors peuvent utiliser le bonus ‘zéro’ ou en forte baisse pour transmettre un message aux banquiers seniors dont les rémunérations globales peuvent être très élevées », observe Sabine Smith-Vidal, associée du cabinet d’avocats d’affaires Morgan Lewis and Bockius. Après avoir été négligés ces dernières années, les jeunes profils expérimentés suscitent à nouveau de l’intérêt. « En fusions-acquisitions, les VP (‘vice presidents’) de six à huit ans d’expérience, qui avaient été oubliés les années précédentes, ont été plutôt choyés en 2015 », conclut Amaury La Clavière.

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