Je crée une « fintech » !

le 05/02/2015 L'AGEFI Hebdo

Ces start-up qui allient technologies et services financiers sont souvent lancées par d’anciens professionnels des marchés ou du private equity.

Je crée une « fintech » !
(Fotolia)

La montée en puissance des « fintech », ces start-up spécialisées dans les services financiers, offre de nouvelles carrières aux professionnels de la finance traditionnelle. Avant de cofonder en 2012 Finexkap, jeune pousse dédiée au financement de la trésorerie des TPE et PME, Arthur de Catheu, diplômé de l’ESLSCA*, du MBA du Babson College à Boston et d’une maîtrise en droit des affaires, a travaillé chez Ardian (ex-Axa Private Equity) en tant que senior manager, puis a participé à la création de Palico, une plate-forme d’intermédiation de private equity. Christian Schwartz, 47 ans, a quant à lui œuvré pendant plus de vingt ans sur les marchés financiers, notamment comme responsable d’activité de produits dérivés et structurés de taux et d’actions chez Société Générale, Dresdner Kleinwort Wasserstein, Natexis et Robeco. En 2011, il lance Pixam, une société d’études et de recherches spécialisée dans l’allocation tactique d’actifs pour les investisseurs professionnels. Cofondateur et chief executive officer de Kantox, Philippe Gelis, 35 ans, a, lui, passé sept ans chez Deloitte à Barcelone en tant que consultant « stratégie et opérations » après avoir décroché en 2003 un MBA en finance d’entreprise à la Toulouse Business School.

Pour ces créateurs, le choix de l’entrepreneuriat dans la fintech marque à la fois une continuité dans leur parcours professionnel et une prise de distance avec une industrie bancaire fragilisée par la crise financière. Crise que Mathieu Hamel, cofondateur de MarieQuantier.com, plate-forme de conseil financier pour le grand public, a vécue aux premières loges : «  Après avoir arrêté en 2007 mon doctorat en mathématiques appliquées en alternance entre l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) et Société Générale, j’ai été embauché à Londres comme ‘trader’ option par Bear Stearns, première banque à tomber pendant la crise. Après avoir rebondi chez Macquarie, je me suis aperçu que cela ne servirait à rien de s’agripper à un radeau mort. Mon intuition était bonne : le domaine dans lequel je travaillais n’existe plus aujourd’hui. »

Créer la rupture

Le credo de ces entrepreneurs : exploiter le potentiel des nouvelles technologies pour concevoir des services alternatifs et créer la rupture avec les modèles existants. Philippe Gelis a le déclic lors d’une mission menée chez un client avec Antoni Rami, l’un des trois cofondateurs de Kantox, qui travaillait avec lui chez Deloitte. «  Nous avons pris conscience des commissions exorbitantes que prélevaient les banques lors des opérations d’échanges de devises, celles-ci pouvaient représenter plus de 2,5 % des sommes échangées. Nous avons donc décidé de concevoir une plate-forme alternative en ‘peer-to-peer’ sur laquelle les entreprises pourraient échanger des devises entre elles, sans passer par les banques. Avec à la clé des commissions transparentes oscillant entre  0,09 % et 0,29 %. » Arthur de Catheu est, lui aussi, parti d’un constat simple. « Il existait déjà de nombreuses offres de financement sur internet, confie-t-il. Sur le marché de la trésorerie, pourtant crucial, il y avait une vraie place pour une plate-forme offrant un service ‘full web’ facilitant la cession des créances commerciales des TPE et PME grâce aux nouvelles technologies et à la dématérialisation. » C’est sur ce principe qu’a été mise en ligne en janvier dernier la plate-forme Finexkap et l’offre de rachat de créances commerciales de sa filiale Finexkap Asset Management (AM), une société de gestion de portefeuille agréée par l’Autorité des marchés financiers.

Cette concurrence plus ou moins frontale avec les banques, les créateurs de fintech l’assument sans complexe. «  Après la crise financière, les entreprises ont réalisé que les banques recherchaient avant tout leur propre intérêt à court terme, pas le financement de l’économie, souligne Philippe Gelis. Beaucoup ont donc commencé à utiliser les ‘fintech’ qui se sont engouffrées dans la brèche en offrant des produits plus transparents et plus justes. » Cette dimension éthique se retrouve aussi chez Pixam. «  Nous n’intervenons que sur les marchés cotés qui offrent plus de transparence et un historique de données et de comportements plus profond que le non-coté », indique Christian Schwartz. Même son de cloche chez MarieQuantier.com. « Sur notre plate-forme qui permet aux patrimoines en construction de faire du ‘trading’ automatisé d’ETF* et d’options, notre stratégie d’investissement repose sur deux grands axes, explique Mathieu Hamel. Le premier, c’est la réduction drastique des coûts et la simplicité. A nos yeux, la complexité d’un produit doit être justifiée par l’intérêt du client, pas pour cacher des frais. Le deuxième grand pilier, c’est l’éthique. Nous nous interdisons par exemple de vendre à découvert ou d’utiliser les CFD (contrats sur différence) ou les warrants. Nous avons également banni les rétro-commissions en basant notre modèle économique sur un abonnement de 6,90 euros par mois. Ce qui nous permet de garantir la loyauté de nos conseils. »

Malgré des critiques plus ou moins explicites du modèle bancaire, ces entrepreneurs ne noircissent pas le tableau. « Après la crise, les médias n’ont parlé que des produits toxiques, pas des innovations qui ont fait avancer la finance et l’économie », regrette Christian Schwartz. Philippe Gelis porte un regard plus tranché. « Les banques continueront de prospérer sur leur cœur de métier : la captation des dépôts des clients. Mais dans vingt ans, 90 % des agences auront disparu car les nouvelles générations, bercées par le numérique, privilégieront la relation en ligne. Or les banques sont en général très peu efficaces sur ce segment. Ce n’est pas un hasard si l’on commence à voir apparaître les premiers partenariats avec des ‘fintech’ spécialisées dans l’intermédiation et les premiers rachats de start-up orientées vers la relation client en ligne », signale le cofondateur de Kantox. 

 *Exchange-traded funds.

Une concurrence frontale avec les banques

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