Handicap, les acteurs de la finance s’engagent

le 13/11/2014 L'AGEFI Hebdo

Reconnaissance, sensibilisation, référents handicap, formations, événements dédiés, les portes s’ouvrent aux candidats qualifiés.

Handicap, les acteurs de la finance s’engagent
(Fotolia)

Créer la rencontre. C’est en vue de cet objectif que six acteurs de la banque et de l’assurance (Banque Populaire, Caisse d’Epargne, Generali, Crédit Agricole, Société Générale et Malakoff Mederic) s’associent à la 18e Semaine pour l’emploi des personnes handicapées, du 17 au 23 novembre prochain*. Une forte présence du secteur financier (onze entreprises-partenaires au total) qui vise à pallier une difficulté majeure : trouver des candidats qualifiés.

Pour pouvoir recruter des personnes handicapées, les événements sont devenus indispensables. Dénysse Tanguy, 26 ans, conseiller commercial à la Caisse d’Epargne Picardie à Noailles dans l’Oise, a rencontré son employeur à l’occasion de « Un jour, un métier en action », une opération organisée par l’Agefiph*. « J’ai passé une journée de découverte en novembre 2009 à la Caisse d’Epargne et comme nous nous sommes bien entendus, j’y suis retourné en stage dans le cadre de mon DUT (diplôme universitaire de technologie) de techniques de commercialisation. » Après un master en alternance au Cnam Picardie, il est embauché à la Caisse d’Epargne en 2012. Le jeune homme, qui a des difficultés pour se mouvoir, a pu bénéficier de l’aide de sa référente handicap et de ses collègues. Dans une agence de plain-pied, il dispose notamment d’un siège adapté à son bureau et ses déplacements sont limités ou facilités. « L’an dernier, j’ai suivi plusieurs formations dans le cadre de mon cursus d’intégration, les salles de réunion étaient au rez-de-chaussée ou accessibles par ascenseur, j’avais une place de parking…, relate-t-il. Le fait d’accepter mon handicap, et qu’il soit connu, facilite mon quotidien et mon rapport aux autres. »

Brise des tabous

En participant à la Semaine pour l’emploi ou à d’autres actions, les entreprises veulent montrer ce qu’elles mettent en œuvre pour aider ces salariés, mais aussi briser des tabous. La demande de reconnaissance de travailleur handicapé reste en effet une démarche difficile. « J’avais déjà des problèmes d’audition alors que je travaillais mais j’étais plutôt réticente à en parler », témoigne Lydie Guillier, 36 ans, gestionnaire des moyens à la direction d’exploitation commerciale de Société Générale à Reims, entrée dans la banque en 2000. Neuf ans plus tard, sa situation s’aggrave et nécessite le recours à un implant auditif. L’assistante sociale de l’entreprise la convainc alors de déclarer son handicap. Lydie Guillier a pu reprendre son poste dans des conditions adéquates et poursuivre son « cursus cadre » qui lui a permis de devenir directrice d’agence, puis d’accéder à sa fonction actuelle. La mission handicap a financé un téléphone bluetooth avec un Roger Pen, un accessoire d’aide auditive lui permettant d’utiliser de nouveau le téléphone, son métier requérant de nombreux contacts téléphoniques.

La sensibilisation reste essentielle. « Tous les responsables hiérarchiques, les chargés d’animation et responsables de bureau, ainsi que les représentants du personnel ont suivi une formation de sensibilisation aux handicaps », rapporte Rachel Kerisit, 42 ans, assistante d’études à la mission handicap du Crédit Mutuel Arkéa. Elle-même a intégré la banque mutualiste en 2001 en contrat de qualification comme conseillère clientèle, avant de s’orienter vers la DRH en 2005. Paraplégique, elle travaille quotidiennement depuis son bureau aménagé dans une agence proche de son domicile, et ne se rend au siège dont elle dépend – à trois quarts d’heure en voiture – que pour des réunions. Depuis cinq ans, elle travaille en tandem avec un collègue au sein de la mission handicap. « Nous devons recruter un minimum de six personnes en situation de handicap chaque année, nous en avons recruté 25 en trois ans, se réjouit-elle. Nous communiquons beaucoup en interne et les salariés ont de moins en moins d’appréhension à se tourner vers nous, les mentalités changent. » La formation constitue l’autre sujet crucial pour l’embauche de salariés handicapés. Treize banques et le Centre de formation de la profession bancaire (CFPB) sont engagés dans HandiFormaBanques, un dispositif de formation en alternance pour des postes de téléconseiller et de chargé d’accueil. « Nous sommes partenaires de différents établissements d’enseignement supérieur en France, indique Sandrine Dhellemmes, directrice de l’inclusion et de la mission handicap de Société Générale. Nous recrutons en général pour des postes de diplômés. Or 80 % des bacheliers en situation de handicap ne poursuivent pas d’études supérieures. » Ethik Management, le département conseil et formation du groupe Ethik Investment, créateur des restaurants « Dans le Noir ? », propose des formations accessibles du CAP à bac+5, en partenariat avec des écoles, dont un BTS assurance avec l’Ecole supérieure d’assurances (ESA).  « Un travail de sensibilisation et d’adaptation est nécessaire, souligne Chanael Lenoir, coordinatrice d’Ethik Management. Par exemple, une boucle magnétique a été installée à l’ESA pour permettre à une étudiante déficiente auditive de suivre la classe. » Julien Seguin a suivi le BTS assurance en alternance chez Allianz. « Cela m’a permis de reprendre mes études », confie le jeune homme de 35 ans. Après le bac, il a occupé des postes de magasinier et de vendeur et a fait reconnaître son handicap – un important problème de vue  – tardivement dans son parcours. Pour ses cours et dans l’entreprise, il bénéficie d’aménagements, notamment des logiciels, pour agrandir les textes. Il apprécie d’avoir découvert un nouveau métier et a décidé de poursuivre une licence en alternance chez Quatrem, filiale de Malakoff Médéric.

80 % des bacheliers en situation de handicap ne poursuivent pas d’études supérieures

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