Les directeurs de l’immobilier ont la cote!

le 28/08/2014 L'AGEFI Hebdo

Dotée d’un large champ d’action, de la gestion de sites au bien-être au travail, cette fonction est puissante au sein des groupes financiers.

Les directeurs de l’immobilier ont la cote!
Evergreen, le campus de Crédit Agricole SA à Montrouge, où travaillent 3.300 salariés
(Jean Zindel)

Quand on m’a proposé ce poste il y a un an, je l’ai tout de suite accepté. Même si je ne suis pas une spécialiste de l’immobilier, la matière m’intéressait », confie Sylviane Le Carré, 50 ans, responsable de l’immobilier d’exploitation du groupe BNP Paribas. « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas être rebuté par la technique. Lorsque l’on construit un ‘data center’ (centre de données), il faut comprendre les discussions en cours, poser des questions pertinentes aux experts... », souligne cette diplômée de l’ESCP Europe qui était auparavant directrice des achats de la banque de la rue d’Antin. Son périmètre est vaste : 2 millions de mètres carrés sont placés sous sa responsabilité, qui incluent les immeubles de bureaux (plus de 80 sites à Paris), les agences bancaires et les centres de données.

Ces dernières années, les directions immobilières sont devenues puissantes au sein des institutions financières. Les récentes crises ont en effet conduit ces dernières à s’appuyer sur cette fonction pour mieux organiser et rationaliser leurs implantations en France et à travers le monde. « Les trois parcs immobiliers dont j’ai la responsabilité (agences, bureaux et ‘data centers’) sont en mutation, chacun pour des raisons distinctes. Mon métier, c’est d’accompagner les équipes dans cette évolution, tout en optimisant les coûts et en maîtrisant les risques », explique Sylviane Le Carré. D’une activité de « support », les directeurs de l’immobilier sont passés à une fonction stratégique, désormais plus proche des directions générales. Selon une étude de l’Association des directeurs immobiliers parue en avril 2014, ces responsables sont rattachés à 40 % à la direction générale, à 18 % au secrétariat général et à 11 % à la direction financière. De fait, ces professionnels sont pleinement impliqués dans les stratégies des établissements financiers. « J’ai pris mon poste en 2009 au moment de la fusion qui a donné naissance à BPCE, raconte Laurent Berche, 54 ans, directeur immobilier et des services généraux du groupe mutualiste. François Pérol [président de BPCE, NDLR] m’avait appelé pour me demander de trouver un nouveau siège, de mettre en place l’organe central, d’y réunir les équipes… Et de réaliser ce vaste projet dans des délais rapides. » Cet ancien de la Caisse des dépôts qui a rejoint en 2005 la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne gère cinq bâtiments qui représentent une surface de 75.000 mètres carrés.

Impact fort sur les salariés

Actuellement, les acteurs de la finance mènent de nombreux projets immobiliers : déménagements, réhabilitations, constructions de campus ou de nouveaux immeubles… Des initiatives qui ont toujours un impact pour les salariés. D’ailleurs, le volet ressources humaines (RH) est de plus en plus partie prenante dans les décisions des directeurs de l’immobilier. « Quand j’ai pris mes fonctions, j’ai immédiatement appelé le DRH du groupe pour lui dire que nous devrions travailler ensemble ! », se souvient Sylviane Le Carré. Il n’y a pas que les murs « extérieurs ». A l’heure où le bien-être au travail est une préoccupation pour les DRH, ceux qui pilotent l’immobilier se dotent de toutes les compétences nécessaires afin d’adapter les espaces des collaborateurs à cette notion nouvelle. Ainsi, des architectes d’intérieur, des space planners et des designers travaillent au sein de la direction de l’immobilier d’exploitation du groupe Crédit Agricole SA (lire aussi le témoignage d’Agnès Coulombe).

« Ce qui me plaît, c’est de participer par le choix des immeubles et des aménagements au bien-être au travail, indique pour sa part Catherine Aragon, directeur supports chez Axa France, où elle gère 318.000 mètres carrés répartis sur 14 sites en Ile-de-France et en région et 90 bureaux d’inspection commerciale. Par exemple, concernant nos bâtiments qui se nomment les « Terrasses » (six sites au total), j’ai souhaité des immeubles « intelligents », dotés d’un outil unique qui permet de piloter toute la climatisation ainsi que les stores. J’ai aussi eu recours au numérique comme la visioconférence, des écrans de projection, etc. Je m’occupe en outre de tout ce qui est relatif au choix décoratif, au mobilier. »

Pour imaginer les bureaux de demain, les directeurs de l’immobilier doivent s’intéresser aux nouvelles tendances de l’immobilier d’entreprise, ainsi qu’à l’évolution des modes de management. « Dans mon métier, la curiosité est nécessaire, rappelle Laurent Berche. Je constate qu’aujourd’hui, les jeunes collaborateurs et managers ne mènent pas leurs réunions comme il y a dix ans, ou même cinq ans. Cela impacte l’organisation spatiale de nos bâtiments, ainsi que notre aménagement de travail. » Il n’est pas peu fier de sa dernière réalisation qui a porté sur la refonte du hall d’accueil du siège de BPCE, situé avenue Pierre Mendès-France, dans le 13e arrondissement de Paris. « Il y a un an, cet espace était austère, triste et vide. Je souhaitais en faire un vrai lieu de rendez-vous pour les collaborateurs, les équipes, les visiteurs. Donc tout a été cassé et nous avons refait les sols, l’acoustique, l’accueil…, raconte avec enthousiasme le directeur immobilier. Aujourd’hui, ce hall est constitué d’un accueil visiteurs, d’un Web café avec des tablettes numériques à disposition, d’une cafétéria où l’on peut prendre une boisson ou déguster des chocolats. Tous les deux mois, nous changeons de partenaire chocolatier afin de marquer l’ancrage régional de notre groupe ! » Et de préciser : « 1.200 boissons y sont servies par jour, c’est une véritable réussite !  »

Pour leurs projets d’envergure, ces responsables et leurs équipes ne travaillent pas en vase clos. En 2003, Generali France a été la première entreprise à franchir le périphérique pour s’installer à Saint-Denis sur un campus. Conciergerie, salle de sport, salon de coiffure et esthétique, ce concept inédit avait suscité l’intérêt. « Lorsque nous y sommes arrivés, nous avons reçu des visites de directeurs de l’immobilier d’autres grandes entreprises du quartier, explique Christophe Pont, directeur de l’environnement du travail chez Generali France, dont le campus héberge aujourd’hui 4.500 salariés. Nous les rencontrons régulièrement. Je déjeune souvent avec mes homologues. Ensemble, nous échangeons sur nos bonnes pratiques et nos conditions d’insertion dans le tissu local. »

Le relationnel, clé du métier

Les professionnels du logement d’entreprise doivent aussi avoir des compétences commerciales. Un impératif qui concerne même les métiers de la gestion d’actifs immobiliers, comme le confirme Olivier Wigniolle, 51 ans, président d’Allianz Real Estate France : « Les activités d’investissement immobilier sont des métiers financiers, mais des compétences dans les domaines commercial et marketing sont aussi indispensables afin d’avoir le bon produit au bon moment et de construire avec les locataires une relation dans la durée ». Il n’est donc pas rare de trouver des profils commerciaux. Avant de prendre son poste il y a trois ans, Catherine Aragon a travaillé chez Axa dans le courtage, puis la communication, les ressources humaines, le secrétariat général, le contrôle de gestion, la direction des achats.

Chez BNP Paribas, Sylviane Le Carré affirme être « une femme de commerce et de vente ». « Je suis très sensible à la relation clients, mes clients étant les collaborateurs du groupe », dit celle qui a été directrice des achats. D’ailleurs, le relationnel est la clé dans cette fonction qui doit interagir au quotidien avec les RH, les achats, les lignes métiers et bien sûr… les salariés. Notamment lorsque ces derniers leur adressent leurs doléances. « Tous les jours quand j’arrive à mon bureau, je lis des mails qui font état de problèmes qui ont eu lieu dans la nuit ou durant le week-end sur nos sites », confie Laurent Berche. « On est confronté au quotidien à des choses qui ne fonctionnent pas comme on le voudrait. Il faut les traiter le plus rapidement et éviter que cela se reproduise, poursuit Sylviane Le Carré. Tant mieux si j’ai des appels pour me signaler des incidents ! » Entre les murs, la vie des directeurs de l’immobilier est toujours animée…

Ces professionnels sont pleinement impliqués dans les stratégies de l’entreprise

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