La chasse aux spécialistes des ressources humaines

le 02/10/2014 L'AGEFI Hebdo

Plus stratégique, plus visible, cette expertise est recherchée par les groupes financiers dans un contexte de transformation de leurs métiers.

La chasse aux  spécialistes des ressources humaines
(Fotolia)

Révolution numérique, nouvelles règles de rémunération, évolution des modes de travail, renouvellement générationnel… La feuille de route est chargée pour les professionnels de la fonction « ressources humaines » (RH) dans les entreprises de la finance. Pour gérer ces sujets complexes et parfois sensibles, les départements RH ont besoin de s’étoffer par mobilité interne ou recrutements à l’extérieur. Robert Walters note que la tendance est la même dans tous les secteurs au premier semestre 2014. « Après un certain calme ces dernières années, les fonctions RH des acteurs de la banque-

assurance recrutent à nouveau. Nous avons des missions pour des profils de DRH, des experts du talent management…, indique Vanessa Sonigo Rozenbaumas, directrice associée de Robert Walters. Avant, beaucoup de collaborateurs des RH étaient d’anciens opérationnels. Aujourd’hui, les entreprises veulent recruter des professionnels du secteur, notamment dans le domaine du compensation & benefits (rémunération & avantages sociaux, NDLR), des affaires sociales… »

En 2013, les entreprises du groupe BPCE ont recruté 40 CDI pour des postes RH « ainsi qu’une vingtaine de personnes en mobilité groupe  », précise Maryse Vépierre, sa responsable du recrutement et du management de la diversité, dont l’équipe est constituée de sept collaborateurs. « Nous avons en priorité recruté sur des postes de ‘développement RH’, avec l’embauche de conseillers emploi-carrière et de chefs de projet formation. Dans une moindre mesure, les embauches ont aussi concerné des spécialistes des affaires sociales ou encore du pilotage et de la mise en place de systèmes d’information des ressources humaines », décrit cette responsable de longue expérience.

L’expérience professionnelle

Partout, le critère déterminant dans le choix d’un candidat est lié à ses compétences dans la sphère RH. Ainsi qu’à sa capacité à donner à ses projets une ampleur stratégique. Un enjeu qui concerne aussi les entreprises de taille moyenne. A 35 ans, Mariame Marega vient de rejoindre le courtier en épargne-retraite Arca Patrimoine (qui emploie 200 collaborateurs) comme responsable des ressources humaines. « Au-delà de la gestion administrative et juridique du personnel, mon poste comporte une dimension stratégique. Je souhaiterais en effet mettre en place un plan d’action autour de la communication RH dans l’entreprise (avec un intranet RH, des supports de communication…) mais aussi de la gestion de l’emploi et des compétences, et de la politique sociale… », déclare celle qui a précédemment exercé dans d’autres secteurs (Canon France, Bouygues Immobilier, Mutuelle Renault…).

Ces experts sont de plus en plus impliqués dans la stratégie de l’entreprise. Ainsi, chez BNP Paribas Real Estate, la fonction RH monte en puissance dans l’organigramme. DRH depuis 2010, Pascal Maury vient d’être nommé, à 42 ans, directeur général adjoint du spécialiste immobilier, en charge des RH et de la communication. Directement rattaché au président du directoire, il intègre le directoire élargi. « Ma fonction place les sujets de RH et de communication en amont de la stratégie de l’entreprise. Cela permet d’avoir une visibilité forte, ainsi qu’une capacité d’influence », confie le nouveau dirigeant qui a 16 années d’expérience dans sa spécialité. Son équipe de 70 personnes réparties dans plusieurs pays, dont 30 en France (auxquelles viennent s’ajouter 50 collaborateurs de la partie communication) se renforce. « Nous avons recruté une DRH au Royaume-Uni et une DRH en Allemagne. La première vient du secteur bancaire tandis que la seconde vient de l’immobilier. Ce que nous recherchons surtout, ce sont des personnes capables de prendre en charge les sujets RH de manière autonome, tout en apportant des idées nouvelles et innovantes », souligne-t-il.

L’émergence de nouvelles problématiques telles que l’essor des réseaux sociaux ou la montée des risques psychosociaux fait venir des profils atypiques. « Cette année, j’ai embauché une chef de projet en recrutement, qui était auparavant responsable de recrutement dans une société de services informatiques, raconte Maryse Vépierre du groupe BPCE. Je suis allée chercher son expertise RH, mais aussi son expérience dans le recrutement digital car il s’agit d’une compétence dont les entreprises ont besoin. » En octobre prochain, le département RH du Crédit Agricole d’Ile-de-France (CA IDF) va quant à lui accueillir une assistante sociale. « Il arrive que des collaborateurs soient touchés par un accident de la vie privée et nos gestionnaires RH n’étaient pas armés pour ces situations, explique Patricia Vedel, responsable du recrutement et de la mobilité de la banque. L’assistante sociale sera à l’écoute des salariés, elle les accompagnera. Notre but est de leur offrir un service supplémentaire. »

Le recrutement s’est fortement professionnalisé dans les établissements financiers, si bien que des cabinets spécialisés sont désormais appelés pour des demandes que les équipes ne peuvent gérer en interne. Chargée de recrutement au CA IDF depuis trois ans, Véronique Béchu intervient surtout sur les embauches externes. Elle suit les candidats de l’entretien jusqu’à la signature de leur contrat. « Je suis en charge du‘sourcing’ (identification), puis de la présélection, des entretiens et du suivi d’embauche. Je travaille sur des profils de commerciaux mais aussi de professionnels des fonctions supports. Je ne m’ennuie jamais ! », affirme la jeune femme de 28 ans. La profession évolue grâce à de nouveaux outils.

« Nous développons l’usage des réseaux sociaux dans le recrutement, dévoile Maryse Vépierre. Beaucoup de cadres reçoivent des sollicitations par ce biais, il faut aller chercher les candidats que l’on souhaite intégrer. Et pour les attirer, il faut être à l’aise avec les canaux numériques. » Les RH ne resteront pas à l’écart de la mutation digitale…

L’émergence de nouvelles problématiques fait venir des profils atypiques

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