A la City, les jeunes sont à la fête

le 22/01/2015 L'AGEFI Hebdo

Après des années de crise, la place financière londonienne recrute à nouveau des banquiers juniors.

Le quartier d’affaires  de la City à Londres.
Le quartier d’affaires de la City à Londres.
(Fotolia)

Pour Vincent, 25 ans, les portes de la City s’ouvrent aujourd’hui en grand. Après une école de commerce et un master de finance, le jeune homme a décroché un poste dans une importante banque américaine à Londres en fusions-acquisitions suite à un summer internship, un stage d’été. « La compétition est rude car nous sommes confrontés à de nombreux candidats européens et d’Amérique du Nord », confie-t-il. Le choix de la capitale britannique s’imposait pourtant : « Londres recrute beaucoup à l’heure actuelle et offre une vraie flexibilité : celle de pouvoir progresser au sein d’une banque ou d’évoluer chez une concurrente. » En berne durant les années de crise, le recrutement à la City reprend pour les profils les plus juniors : « Cela fait dix ans que nous n’avions pas vu de signaux aussi encourageants, avance Philippe Thomas, directeur scientifique du mastère spécialisé en finance à l’ESCP Europe. Le taux de conversion des stages en emplois dans les banques anglo-saxonnes à Londres, que ce soit à la suite de ‘summer internships’ ou d’‘off-cycles’ (stages longs en dehors de l’été, NDLR), est passé de 40 %-50 % à près des deux tiers. »

Cet été, Goldman Sachs a accueilli, à Londres, 350 stagiaires dans le cadre de ses summer internships et souligne que la majorité des recrutements de juniors provient de ces stagiaires. « Avant 2008, les jeunes banquiers pouvaient être recrutés en dehors des ‘summers internships’, observe Michael Ohana, fondateur d’AlumnEye, société spécialisée dans la préparation aux entretiens en finance et conseil. Ce n’est plus le cas dans les banques anglo-saxonnes. Le ‘summer’ est véritablement le sésame qui donne accès à un premier emploi à Londres. » Ce regain de dynamisme s’explique par la nécessité d’étoffer les équipes. « Suite à un recrutement très faible de juniors durant les années de crise, les établissements bancaires manquent aujourd’hui de main-d’œuvre alors même que le flux d’affaires est très chargé », explique Philippe Thomas. Signe des temps, le discours des banques serait désormais empreint de plus de transparence : « L’embauche se justifie lorsque que la croissance est là, mais les jeunes banquiers sont avertis que leur salaire inclut aussi une prime de risque, autrement dit la perte de leur emploi dès lors que les opportunités disparaissent dans leur secteur d’activité », indique un observateur. Critiquées en raison d’un déséquilibre entre les hommes et les femmes au sein de leurs effectifs, les banques s’efforceraient de rectifier le tir : « On assiste à l’heure actuelle à une véritable féminisation des embauches », affirme Philippe Thomas.

Rémunérations en hausse

Si la technique reste dominante durant les entretiens, les candidats sont également jugés sur leur capacité de rebond : « A la différence de Paris où 80 % de l’entretien porte sur des questions techniques, les discussions à Londres sont plus équilibrées, raconte Vincent. On est à la fois interrogés sur notre expertise mais aussi sur notre capacité à affronter certains problèmes, d’où le sentiment que l’on recherche des têtes bien faites susceptibles de travailler beaucoup, et sur des problématiques très variées. » Depuis quelques mois, la demande est tirée à la hausse par d’importants besoins en fusions-acquisitions ou en marchés de capitaux. Si les banquiers juniors sont aujourd’hui un peu moins rémunérés que leurs aînés, les experts constatent néanmoins une reprise des salaires. Selon la société emolument.com, un analyste junior en trading dans une banque d’investissement à Londres a perçu un salaire de 51.000 livres (65.000 euros) en 2014, contre 47.000 livres (60.000 euros) en 2013. Au total, sa rémunération globale, bonus inclus, est passée de 53.000 livres (67.800 euros) à 60.000 livres (76.800 euros) en un an. A titre de comparaison, un associate (plus de trois ans d’expérience) a bénéficié l’an dernier d’une rémunération globale de 117.000 livres (150.000 euros), contre 112.000 livres (143.500 euros) en 2013. En dépit des scandales à répétition, la finance londonienne n’aurait donc pas perdu de sa superbe. « Le prestige social lié à la banque et l’assurance d’une belle référence sur un CV continue à avoir un énorme pouvoir d’attraction sur les jeunes », souligne Michael Ohana. Amélie, jeune Française en poste dans une grande banque à Londres depuis le début de l’année 2014, apprécie aussi l’environnement stimulant dans lequel elle évolue : « Le ‘summer internship’ permet de faire des rotations au sein de différents desks dans la banque. Cela facilite les interactions avec d’autres banquiers juniors travaillants sur d’autres ‘desks’ que le sien. Au bout du compte, ces programmes permettent d’avoir une vue d’ensemble et une compréhension globale des métiers de la banque. »

Si la reprise de l’emploi est palpable chez les juniors, l’état du marché pour les plus expérimentés est en revanche beaucoup moins favorable. Les établissements outre-Manche continuent en effet de réduire leur périmètre dans des activités jugées non stratégiques ou trop consommatrices de capitaux : « Le rebond des embauches pour cette catégorie de banquiers est encore largement dû à des contraintes réglementaires et non à la croissance », pointe Peter Milne, directeur du recrutement dans les services financiers au cabinet Robert Walters. Les postes en gestion des risques, conformité et réglementation sont actuellement en hausse de 30 %, selon le recruteur. Peter Milne note cependant une évolution dans les politiques des banques : « A la différence des années 2010 à 2013 où elles laissaient partir les salariés qui le souhaitaient, elles tentent désormais de les retenir en leur faisant des contre-offres. La faute à un cruel manque d’effectifs dans certains métiers. » Dans le vert, les indicateurs de l’emploi à la City restent toutefois fragiles. Les recruteurs mettent en garde contre les soubresauts dans la zone euro et l’échéance des élections générales en mai 2015 au Royaume-Uni. Après la crise de 2008, personne ne se risque plus aujourd’hui à crier victoire trop tôt.

D’importants besoins en fusions-acquisitions ou en marchés de capitaux

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