|
|

Blogs 
Jean-Pierre Petit
Stratégiste de marché
| |
jeudi 8 juillet 2010
L'atout Cameron ?
David Cameron apparaît comme le leader européen le plus innovant en termes d’offre politique. Cela est évidemment lié à sa jeunesse, à sa relative inexpérience et à sa récente élection. Mais cela est aussi dû au caractère assez innovant de ses propositions.
Durant la crise, la longue contraction (six trimestres consécutifs) de l’économie britannique (-6,2 % au total) a été plus sévère que la moyenne de l’Union européenne (-5,3 %), la zone euro (-5,2 %) ou les Etats-Unis (-3,8 %). Seuls des pays comme le Japon (-8,4 %) ou l’Irlande (-13 %) ont, au sein du monde riche, fait « pire » que le Royaume-Uni.
Quant au redressement qui s’est amorcé au quatrième trimestre 2009 et au premier trimestre 2010, il est en l’état l’un des plus faibles parmi les pays occidentaux.
Cette spécificité ne fait que souligner les défaillances structurelles du modèle britannique. Celui-ci a reposé depuis la fin des années 90 sur le choix résolu de jouer à plein le rôle international de la City comme place d’intermédiation financière internationale, accompagné d’un développement hypertrophié de l’immobilier.
L’envers du décor a été une croissance alimentée par la consommation privée artificiellement soutenue (chute du taux d’épargne, endettement et extraction hypothécaire excessive) et par les dépenses publiques, l’équilibre des finances publiques se détériorant au cours des années 2000. L’endettement public en % du PIB est cependant resté assez bas grâce au dynamisme de l’endettement privé, mais a fortement augmenté dès que ce dernier a été stoppé par la crise. Par ailleurs, le sous-investissement chronique a favorisé une désindustrialisation rapide, comme le montre le déficit important de la balance commerciale de biens. La part du secteur manufacturier dans le PIB est passée de 23 % au début des années 70 à 12 % en 2008. Dans le même temps, la part des secteurs de la construction et des services immobiliers (location, financement...) a augmenté de 13 points de PIB à 39 %, et celle du secteur financier a augmenté de 4 points à 9 % du PIB.
Dès lors, le Royaume-Uni a fini la décennie 2000 avec une croissance potentielle fortement réduite (1,7 % pour la décennie 2010 contre 2,6 % dans les années 90 d’après l’OCDE - Organisation de coopération et de développement économiques -, ce qui semble d’ailleurs encore très optimiste). En effet, le legs de la crise pèsera encore négativement sur les perspectives britanniques pendant plusieurs années. Face à un environnement macroéconomique qui restera difficile (réduction de l’effet de levier public et privé) et à l’incertitude sur les perspectives de la City, le Royaume-Uni n’aura pas d’autre alternative que de développer sa croissance potentielle via l’investissement et les exportations.
Les premières interventions du nouveau Premier ministre sont de ce point de vue plutôt positives. En effet, le plan budgétaire présenté en juin par le nouveau gouvernement (Emergency Budget), nécessaire pour rassurer les marchés et garantir la notation AAA au Royaume-Uni à long terme, apparaît équilibré et crédible, bien que très ambitieux. Par ailleurs, les orientations structurelles présentées par David Cameron fin mai dans son discours sur l’économie apparaissent bien fondées.
Le gouvernement a annoncé plusieurs mesures en faveur des entreprises, la réforme radicale du système de protection sociale, la volonté de développer les échanges internationaux (via de nouveaux accords de libre-échange en direction des pays émergents, notamment de l’Inde), le soutien en faveur des industries en croissance (aérospatiale, pharmaceutique, production manufacturière à haute valeur ajoutée, ingénierie high tech, technologies à faible émission de carbone)…
Bien sûr, un grand nombre des choix affichés restent flous. D’autre part, la réalisation de ces orientations dépendra de toute une série de facteurs contingents dont notamment la réaction de la City, alors que le gouvernement britannique a durci la régulation et la fiscalité financière sans consensus global, ainsi que la stabilité de l’actuelle coalition avec les libéraux-démocrates.
Mais on reconnaîtra à la fois la pertinence, la lucidité et l’ambition du programme gouvernemental, qui tranche avec les propos usuellement lénifiants, corporatistes et court-termistes qui sont tenus de ce côté-ci de la Manche.
|
jeudi 13 mai 2010
Consternante Europe
On ne répétera jamais assez que la qualité de la gouvernance politique constitue un critère décisif pour faire face à une crise financière. Plus on attend, plus cela coûte cher aux politiques publiques et il vaut mieux en faire trop que pas assez. Le problème est que le temps des marchés n’est pas celui des politiques.
Le choc Lehman n’a pas été constitué par la faillite de Lehman Brothers, mais par la confusion, l’incertitude et le sentiment d’autorités fébriles et en retard quasi permanent sur les événements. Ce n’est qu’avec le deuxième plan Geithner et la véritable reprise en main de la crise par les autorités que la confiance est revenue sur les marchés.
Au cours de la gestion de la crise grecque, les multiples lacunes de la gouvernance européenne ont été consternantes. Non contents de gâcher un temps précieux, les revirements et tergiversations de trop nombreux acteurs ont abouti à un dispositif finalement plus coûteux pour le contribuable européen et les citoyens grecs, une confiance durablement ébranlée sur le continent, un choc sur les marchés financiers mondiaux…, tout en réussissant « l’exploit » de susciter une opposition au plan d’aide à la fois de l’opinion publique allemande et de l’opinion publique grecque.
Le problème est que les marchés n’attaquent pas plus l’Europe que les Etats-Unis à cause de son mode de gouvernance, mais bien parce qu’elle a un déficit de croissance potentielle, des prélèvements publics plus élevés et qu’elle ne dispose pas d’un marché de taux aussi liquide. L’idée selon laquelle plus de fédéralisme budgétaire européen « résoudrait » l’équation actuelle est contestable. Le modèle mercantiliste allemand n’est pas plus une référence (croissance moyenne de 1,3 % entre 1991 et 2009, mauvaise gestion de l’ex-RDA, faiblesse de la création d’entreprises, système bancaire en déconfiture, population déclinante…) que les pays déficitaires d’Europe du Sud et la France.
L’Allemagne ne réalise un excédent extérieur que parce que son taux d’investissement diminue et elle ne réalise l’essentiel de ses gains de parts de marché que dans le reste de l’Europe occidentale. L’union de plusieurs pays défaillants n’a jamais débouché sur une quelconque issue heureuse.
Bien que la crise ait pris naissance aux Etats-Unis, l’ampleur de la récession a été plus forte en Europe avec une baisse du pic au creux de 5,3 % dans l’Union européenne (UE), 5,2 % en zone euro et 6,2 % au Royaume-Uni (-3,8 % aux Etats-Unis). Depuis la reprise, les performances européennes ont été moindres. Par rapport au creux, le PIB réel a progressé de 2 % aux Etats-Unis (jusqu’à la fin 2009) contre seulement 0,4 % dans l’UE. Notons que parmi les meilleures performances européennes (pendant la crise et depuis la fin de crise) figurent deux pays qui ont toujours refusé l’adhésion à l’UE ; la Norvège et la Suisse.
La zone euro pèse aujourd’hui pour plus de 15 % du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat) mais cette part a perdu près de 20 points en dix ans. La croissance moyenne annuelle sur la décennie 2000 n’a été que d’à peine 1 %, soit la pire décennie d’après-guerre, pour une croissance mondiale de 3,6 %. Durant la décennie 90, les chiffres correspondants étaient de 2,2 % (zone euro) et de 3,1 % (monde).
La croissance potentielle des pays de la zone euro a connu, selon l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), une chute très marquée par rapport au début de la décennie. Seule la Slovaquie (pays en rattrapage) a une croissance potentielle supérieure à celle d’il y a dix ans. Même remarque pour le Royaume-Uni. La croissance potentielle était de 2,6 % dans les années 90, avant de diminuer à 1,2 % en 2010.
Si l’on regarde les deux principaux moteurs des économies émergentes, la Chine et l’Inde, on voit que ce sont certes des partenaires de plus en plus importants pour l’Europe, leur poids ayant doublé dans les exportations en trente ans. Mais si l’on regarde le poids de l’UE dans leurs importations, celui-ci ne représente plus que 13 % de ces dernières, contre 22 % en 1990. On peut craindre que cette crise actuelle ne soit suffisamment profonde pour être salvatrice.
L’UE n’a rien appris de ses crises passées (échec du référendum en 2005, crise Lehman et à présent la crise grecque). Ajoutons que l’Europe est encore assez riche pour pouvoir supporter encore quelque temps sa lente déchéance. Malheureusement, tous les vecteurs de l’accentuation du déclin sont présents : paralysie institutionnelle, fragmentation économique et sociale, absence de projet fort, frilosité des peuples, narcissisme et autisme des élites politiques, ajustement sur les jeunes générations, court-termisme et improvisation généralisée des politiques publiques.
|
| | lu | ma | me | je | ve | sa | di |
|---|
| 30 | 31 | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | | 27 | 28 | 29 | 30 | 1 | 2 | 3 | | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 |
|
|
Directeur des rédactions du Groupe AGEFI
|
|
|
Éditeur et rédacteur en chef de L’AGEFI ACTIFS
|
|
|
Rédactrice en chef L’AGEFI Hebdo
|
|
|
Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA
|
|
|
Président du directoire d’Aviva Investors France
|
|
|
Directeur des études économiques de BNP Paribas
|
|
|
Chef économiste de Société Générale
|
|
|
président d’Eurogroup Institute et vice-président de l’Agipi
|
|
|
Professeur à l’Université Paris Dauphine, Directrice de l’équipe stratégies dynamiques et Financières
|
|
|
Directeur de la stratégie chez Axa Investment Managers.
|
|
|