La chronique de l'actualité

Une fusion Deutsche Bank Commerzbank serait un coup de tonnerre politique

le 11/03/2019

Philippe Mudry

La question n’est plus de savoir si la fusion se fera mais quand : outre-Rhin, les rumeurs sont si précises que le doute n’est plus de mise quant à l’imminence d’un événement, la fusion Deutsche Bank Commerzbank, de toute première importance, financière mais surtout politique.

Financière, car elle signerait la fin du rêve allemand de s’imposer sur le premier marché financier du monde, Wall Street, nourri depuis près de 30 ans, avec pour seul horizon la constitution, dans les pires conditions, du seul grand acteur bancaire privé purement national.

Mais l’addition de deux culs-de-jatte n’a jamais fait un sprinter. La définition d’un modèle économique solide demeurerait une gageure dans un pays où les banques régionales et mutualistes verrouillent le marché. La pérennité du nouvel ensemble n’irait pas de soi, d’autant qu’un lourd sinistre social se profile du fait du rapprochement.

Mais il s’agirait surtout d’un coup de tonnerre politique. Primo, l’irruption de l’Etat allemand serait une première par son ampleur sur le continent.

Aucun pays de la zone euro n’a connu une telle intervention publique de caractère clairement systémique. Elle révélerait au public européen à quel point Berlin a négligé, des années durant, de mettre de l’ordre dans ses banques. Le prix à payer pour Mme Merkel sera élevé.

En outre, la forme que prendra l’intervention sera capitale puisque les règles bruxelloises en matière d’aides d’Etat sont strictes.

A ce propos, un grand banquier européen s’attend à ce que ce soit Commerzbank qui prenne l’initiative, car l’Etat étant déjà présent à son capital pour 15%, il pourrait plus aisément les contourner.

Mais Berlin mettrait les règles européennes à l’épreuve d’une autre manière : en propulsant par son intervention les contribuables allemands en première ligne.

Certes les excédents des finances publiques sont très suffisants pour essuyer l’ardoise prévisible ; mais l’Union a justement juré de les mettre à l’abri en accouchant - avec quelle peine ! – d’un ordre des parties prenantes appelées à contribuer au renflouement d’une banque en difficulté mettant les contribuables au dernier rang, après les actionnaires et les créanciers obligataires.

Une intervention publique signifierait sans ambiguïté que Berlin ne croit pas en ce système encore très neuf. On imagine les conséquences qu’elle pourrait avoir sur l’attitude des marchés à l’égard des banques européennes qui ont déjà bien du mal à lever des capitaux éligibles au renflouement !

Là, un tel impact ne serait ni financier ni politique ; il serait systémique !

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