La chronique de l'actualité

Le temps des méga-fusions bancaires n’est pas venu

le 05/06/2018

Alexandre Garabedian

Depuis quelques semaines, une petite musique insistante se fait entendre dans le secteur bancaire européen : le climat serait propice à un retour des fusions d’envergure. Les régulateurs ne cessent de plaider pour une consolidation des banques. Après avoir prêté des projets de mariage à Barclays et Standard Chartered, la rumeur, relayée par le Financial Times, évoque désormais un intérêt supposé d’UniCredit pour la Société Générale. En 2007, cette même rumeur avait permis à l’action Société Générale de toucher un sommet boursier.

Il est facile d’observer tout ce qui rapproche, sur le papier, la banque française et sa concurrente italienne. Les deux groupes ont longtemps détenu des participations croisées à leur capital et sont restés proches. Jean-Pierre Mustier, le patron d’UniCredit, reviendrait par la grande porte à la Société Générale, qu’il avait dû quitter après l’affaire Kerviel. La banque française est de surcroît présidée par un Italien, Lorenzo Bini Smaghi. Enfin, les deux groupes sont complémentaires en termes d’activité et de géographies : leur union créerait une vraie alternative à BNP Paribas en zone euro, avec une présence forte en Europe centrale.

Mais il est tout aussi facile de voir ce qui rend douteux l’intérêt d’un tel mariage. UniCredit et la Société Générale sont deux institutions d’importance systémique mondiale. Un rapprochement les obligerait aussitôt à immobiliser des milliards d’euros de capital supplémentaire au titre des exigences réglementaires. Il pourrait aussi s’apparenter à une fuite en avant : UniCredit est loin d’avoir achevé son redressement, tandis que la Société Générale subit depuis un an la désaffection des investisseurs. Les mêmes constats s’appliquent à Barclays et StanChart. Gérer une fusion de cette envergure détournerait enfin les managements du vrai sujet : l’adaptation des modèles bancaires à la mutation numérique. C’est précisément pour cette raison que Jean-Laurent Bonnafé, le directeur général de BNP Paribas, a déclaré récemment qu’il excluait toute acquisition de taille. 

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