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La volte-face stratégique de Deutsche Bank désoriente le marché

le 07/03/2017

Philippe Mudry

Depuis 2010, Deutsche Bank aura levé 30 milliards d’euros de capital en incluant l’appel au marché de 8 milliards annoncé hier.

Sera-ce le dernier ? Les investisseurs n’en sont pas tous convaincus.

Ils ont raison d’être sceptiques. Le plan annoncé par le Pdg John Cryan consiste d’abord à admettre un manque de fonds propres nié mordicus jusqu’à ces derniers jours.

Par ailleurs, les décisions concernant les métiers-clés sont à l’opposé du plan précédent, vieux de moins de deux ans !

La scission de la banque d’investissement avait alors été engagée, avec une division centrée sur les marchés et l’autre sur les entreprises.

Et la vente de la banque de détail Postbank avait été mise à l’ordre du jour.

Hier, c’est le retour à une banque d’affaires unifiée et la conservation de Postbank que la direction a dévoilés.

De surcroît 20% de la division la plus rentable du groupe, la gestion d’actifs, sera cédée malgré des démentis réitérés.

On ne s’étonnera donc pas que le titre ait dévissé de 7% en bourse hier.

Une réaction plutôt modérée quand on considère le montant de l’augmentation de capital nouvelle et la dilution qu’elle implique du fait de la décote de 40% dont elle est assortie.

Le point crucial est de savoir si la banque aura enfin trouvé un modèle économique crédible.

Elle vise 10% de retour sur fonds propres : or s’alléger dans la gestion d’actifs qui retourne plus de 20% pour conserver un réseau qui en rapporte 4% n’est pas la meilleure façon d’y parvenir.

Intégrer cette banque, parent pauvre du groupe, en 3 à 5 ans comme annoncé réclamera un changement de culture et une stratégie astucieuse.

Car les Caisses d’épargne qui dominent le marché allemand ne feront pas de cadeau à leur concurrente.

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