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Wells Fargo, un départ qui ne règle rien

le 14/10/2016

L’intégrité est la plus rare et la plus précieuse des qualités. C’est par cette déclaration que John Stumpf, le PDG de Wells Fargo, accueillait les visiteurs sur le site internet de la première banque de détail aux Etats-Unis, dont les origines remontent aux diligences de la conquête de l’Ouest. Accueillait, car le dirigeant vient d’être éjecté de son fauteuil en raison de l’énorme scandale qui frappe le groupe dans le pays. Wells Fargo a ouvert plus de 2 millions de comptes à l’insu de ses clients pour tenir ses objectifs de vente.

En pleine campagne pour l’élection présidentielle américaine, les politiques se sont saisis de l’affaire. Le départ de John Stumpf ne suffira pas à ramener le calme. Cet énième scandale dans la finance conforte en effet ceux qui jugent que les grandes banques, qu’elles soient américaines ou européennes, comme Deutsche Bank, sont devenues ingouvernables. Le cas Wells Fargo pourrait donc relancer les initiatives parlementaires qui visent à casser les établissements devenus trop gros pour être dirigés et surveillés correctement.

Dans l’immédiat, l’affaire a deux conséquences en matière de gouvernance d’entreprise. Wells Fargo ne placera plus tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme : c’est un tandem, composé d’un président et d’un directeur général, qui succède à John Stumpf. Rien ne dit que cela aurait permis d’éviter le scandale, d’autant que le nouveau directeur général a 29 ans de maison derrière lui, mais ce changement est une première réponse aux critiques sur le management des banques. JPMorgan et Bank of America, par exemple, continuent à fonctionner avec un PDG, ce qui leur vaut d’ailleurs chaque année la fronde de certains actionnaires en assemblée générale.

La deuxième conséquence est que les dirigeants commencent à mettre la main au portefeuille, même s’ils échappent encore aux poursuites judiciaires. John Stumpf et un autre cadre de Wells Fargo ont accepté fin septembre de rendre pour 60 millions de dollars de stock-options et de bonus qui leur avaient déjà été versés. Ce genre de dispositif est prévu par la plupart des grandes entreprises cotées, mais il n’avait quasiment jamais été appliqué. Sachant que la fortune personnelle de John Stumpf se compte en centaines de millions de dollars, le débat sur la responsabilité financière des dirigeants n’est pas près d’être clos.

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