La Banque de France plaide pour une coordination des politiques monétaires et prudentielles

le 02/03/2021 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

François Villeroy de Galhau a affirmé que la BCE devait réagir à la remontée des rendements obligataires à l’aide de la flexibilité de son programme d'achats

Pour son fonctionnement, l’ACPR est adossée à la Banque de France.
La Banque de France a présenté lundi 1er mars la 24e édition de sa Revue de stabilité financière.
(Photo RK.)

Si cette crise n’est pas celle du système financier, et si les banques ont au contraire apporté une partie des réponses pour combattre la crise économique, elle arrive néanmoins sur un terreau de vulnérabilités financières ». La 24e édition de la Revue de stabilité financière de la Banque de France, présentée lundi 1er mars, souligne ainsi le rôle joué par les banques lors de la crise économique. Surtout, «contrairement à 2008, le secteur bancaire notamment s’est montré résilient grâce à l’action conjuguée des autorités micro et macroprudentielles».

Pour autant, si la Banque de France se félicite du doublement des ratios de fonds propres durs (CET1) des banques françaises entre 2008 et 2020 et de l’activation de coussins contracycliques par le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF), le gouverneur s’inquiète des conséquences sur la stabilité financière d’une politique accommodante qui permet d’atteindre les objectifs d’inflation fixés par la BCE qui «peut conduire à des effets indésirables pour la stabilité financière à travers une moindre discipline de marché, une prise de risque excessive encouragée par l’aléa moral généré dans la résolution des crises passées et l’augmentation du levier d’endettement».

Une inflation supérieure à tolérer

D’autant qu’il a réitéré la détermination de la Banque de France à atteindre cet objectif de stabilité des prix via la cible d’inflation de la BCE. Pour cela, «nous veillons tout particulièrement à ce que les conditions de financement, tant bancaires que de marché, restent favorables pour tous les agents», a déclaré le gouverneur. Christine Lagarde, la présidente de la BCE, lui emboitait le pas quelques minutes plus tard dans un discours : «La BCE contribuera à faire en sorte que les entreprises et les familles puissent accéder aux financements dont elles ont besoin pour faire face à cette tempête, et qu'elles puissent le faire en ayant confiance dans le fait que les conditions de financement ne seront pas resserrées prématurément».

François Villeroy de Galhau s’est montré rassurant sur l’inquiétude qui monte vis-à-vis d'un potentiel emballement : «Il n’y a pas de risque de surchauffe en Europe. La hausse de l’inflation ne doit pas être surinterprétée» affirmant même que «la BCE doit être prête à tolérer une inflation supérieure à son objectif pendant un certain temps». Et, alors que le programme d'achats d'urgence (PEPP) n’a pas, dans les faits, été modifié, «la BCE doit réagir à la hausse indésirable des rendements, le premier instrument disponible est la flexibilité du PEPP».

Un secteur financier
non bancaire à cadrer

Aussi, pour atteindre l’objectif d’inflation sans alimenter les risques financiers, «je suis d'avis que les banques centrales devraient tenir compte de la stabilité financière lorsqu'elles définissent l'orientation de la politique monétaire. Il est nécessaire de dépasser le principe de séparation stricte entre les politiques monétaire et macroprudentielle, et d'adopter un principe de coordination». Sans assigner à la politique monétaire un objectif de stabilité financière, la stratégie de la BCE devrait toutefois être plus «intégrée». Pour cela, il a proposé de transformer le premier pilier de sa politique en pilier «financier et monétaire» en intégrant des variables à surveiller, telles que l’endettement des entreprises et des ménages.

Si la bonne transmission de la politique monétaire dépend d’un dépassement de la stricte séparation entre politique monétaire et macroprudentielle, cette dernière ne doit pas être délaissée. Au contraire, il faut aller plus loin et «muscler le volet européen» : s’«il peut subsister des spécificités nationales qui justifient l’hétérogénéité des outils», «la dimension essentiellement nationale de la politique macroprudentielle pour le moment n’est adaptée qu’aux configurations de chocs internes». Surtout, l’essor du secteur financier non bancaire nécessite l’émergence d’un cadre macroprudentiel en raison de la nature procyclique et du degré d’interconnexion de ces nouveaux acteurs.

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