Ace et Chubb créent un géant de l'assurance

le 02/07/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe dirigé par Evan Greenberg rachète son compatriote Chubb pour 28 milliards de dollars.

Illustration : L'Agefi.

 Le secteur de l’assurance aux Etats-Unis est en ébullition. Si les offres hostiles animent la branche santé, c’est une opération tout à fait amicale qu’ont présentée hier Ace et Chubb pour donner naissance au quatrième assureur mondial en termes de résultat d’exploitation. Le premier va racheter le second pour 28,3 milliards de dollars, avec une offre mixte qui valorise l’action Chubb à 124,13 dollars, soit à une prime de 30% sur son cours de clôture de mardi. Le nouvel ensemble réalisera les deux tiers de son activité en Amérique du Nord.

Ace, qui a déplacé son siège social en Suisse mais qui reste coté à New York, a ses racines outre-Atlantique. L’assureur dommages, spécialisé comme Chubb dans les risques entreprises, est présent dans 54 pays, mais engrange encore 57% de ses primes nettes aux Etats-Unis, aux Bermudes et au Canada, contre 18% en Europe, 14% en Asie et 11% en Amérique latine. Le tropisme américain de Chubb est encore plus marqué, puisque l’Amérique du Nord représente 80% de ses primes nettes.

Le poids des Etats-Unis, premier marché de l’assurance dommages au monde, explique que le groupe combiné se hissera à la première place mondiale de cette branche par les revenus. Il aurait revendiqué 30,4 milliards de dollars de primes nettes pro forma à fin 2014, pour un résultat d'exploitation de 5,2 milliards qui l’aurait placé sur ce critère au quatrième rang mondial derrière AIG, Allianz et Axa. Le nouvel ensemble, qui affichera un bilan de 150 milliards de dollars, laissera à bonne distance Travelers et Zurich. En France, le mariage aura un effet marginal. Les deux acteurs sont spécialisés sur des niches, comme le risque environnemental ou informatique.

Dans un secteur confronté aux pressions tarifaires et à la faiblesse des taux d’intérêt, la transaction présente un aspect défensif. Grâce à l’effet taille, Ace sera «moins exposé au cycle de prix de l’assurance dommages», a indiqué hier Evan Greenberg, patron de l’assureur et qui le restera pour le nouvel ensemble. Parti d’AIG en 2000 en claquant la porte, le fils de Maurice «Hank» Greenberg attend aussi 650 millions de dollars d’économies annuelles avant impôt d’ici à 2018. Cela lui permettrait de rembourser en 5,5 ans la survaleur de l’acquisition, alors que l'acquéreur paie la cible 1,7 fois ses fonds propres. Son passé plaide pour lui: Ace a multiplié les rachats ces dernières années, certes de moindre envergure, comme la filiale américaine d’Allianz, Fireman’s Fund, en 2014.

Chubb permettra aussi à Ace de diversifier son portefeuille. La compagnie basée au New Jersey est l’assureur privilégié des riches Américains pour leurs demeures ou leurs bateaux de plaisance. C’est d’ailleurs la marque Chubb qui va s’imposer dans le monde pour le nouvel ensemble. A 66 ans, John Finnegan, son directeur général, devait prendre sa retraite fin 2016, une perspective qui a pu faciliter les discussions lorsqu’Evan Greenberg l’a approché il y a quelques semaines.

Financée à 51% en cash, l’opération fera passer de 12% chez Ace et Chubb à 20,7% le taux d’endettement de la compagnie. Elle entraînera l’émission de 5,3 milliards de dollars de dette. Morgan Stanley a conseillé Ace. Guggenheim épaulait la cible, nouveau signe de l’essor des boutiques de M&A sur les grandes transactions cette année.

A lire aussi