Des " stress tests " paneuropéens à l’étude

le 12/05/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La question sera à l’ordre du jour du Comité économique et financier qui se tiendra fin mai

A l’image de ce qui vient d’être fait aux Etats-Unis, un exercice de test de résistance du secteur bancaire à grande échelle est à l'étude en Europe, selon des sources diplomatiques européennes. La question sera à l'ordre du jour du Comité économique et financier qui se tient à la fin du mois, en préparation du Conseil des ministres de l'Economie et des Finances du 9 juin. Actuellement, aucune autorité en Europe ne dispose d'une vision globale sur la solvabilité du secteur bancaire.

Jusqu'à présent, les autorités nationales ont agi en ordre dispersé. La semaine dernière, la présidente du Comité européen des superviseurs bancaires (CEBS), Kerstin af Jochnick, concédait que son organisation se contentait d'agréger les données que lui communiquent les autorités nationales. Le CEBS a procédé à une évaluation générale des risques, gardée confidentielle, à destination des autorités européennes. Elle « ne porte pas sur le besoin en capital des institutions, mais elle se focalise sur la stabilité financière », a cependant précisé Kerstin af Jochnick. « Il est très important de faire la différence entre l'Europe et les Etats-Unis. En Europe chaque gouvernement est responsable des banques sur son marché et chargé le cas échéant de la recapitalisation de ses banques », a-t-elle insisté. Le CEBS encourage les autorités à utiliser une méthodologie commune pour leurs tests de résistance, mais chaque Etat est libre de communiquer les informations qu'il souhaite.

Si un certain flou persiste donc sur la situation des banques européennes, Crédit Suisse vient d’établir une évaluation en transposant les tests américains aux banques européennes. Simulant une hausse du risque de crédit (9 % de défaillance à l’extrême contre 5 % en temps normal), le bureau estime que le maintien du ratio tier one de 4 % requis dans les tests américains nécessiterait alors en Europe 84 milliards d’euros de recapitalisations (voir tableau en page 1).

S’il ne s’agit ici que d’une simulation qui peut à l’évidence faire débat, un exercice paneuropéen aurait en tout le mérite de clarifier la situation. Il supposerait toutefois d'utiliser une méthodologie commune et surtout de procéder à un échange d'informations entre superviseurs beaucoup plus poussé. « Cela permettrait de connaître la situation de chacun et de mieux tester les effets transfrontaliers » d'une augmentation du risque de crédit, explique une source proche du dossier.

Pour autant, transposer à l'Europe l'exercice américain n'a rien d'évident. « Le but du gouvernement américain était de montrer que le contribuable avait fait sa part et que le secteur privé pouvait prendre la relève. En Europe, on est dans une situation de concurrence entre banques. Un tel exercice pourrait montrer que tel pays a de plus grands besoins qu'un autre. L'obstacle à un tel exercice est donc politique avant d'être technique », estime Jean-Louis Dufloux, qui dirige le cabinet de conseil Equinox. D’ailleurs, il y peu de chance pour que, le cas échéant, les résultats d'un test de résistance à grande échelle soient rendus publics. « Dès lors que l'on communique, la marge de manœuvre est quasi nulle. Les tests américains ont un intérêt limité au plan prudentiel », note une source européenne.

A lire aussi