Prudential mise gros sur l'assurance en Asie

le 02/03/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le britannique paie cher - 35,5 milliards de dollars - pour les activités d'AIG dans la région

Prudential relance la vogue des fusions géantes dans le secteur financier. En acceptant de débourser 35,5 milliards de dollars (26 milliards d’euros) pour racheter AIA, l’activité d’assurance vie de l’américain AIG en Asie, la compagnie britannique mise gros sur la région. Si la transaction, censée aboutir au troisième trimestre, fera changer Prudential de dimension et le propulsera au premier rang du secteur en Asie, le risque pris est à la hauteur de l’enjeu. Ses actionnaires l’ont payé hier par une chute de 12% du titre.

Le pari est triple. Stratégique d’abord, avec la priorité donnée à l’Asie. Si nul ne conteste les perspectives de la zone, comme en témoigne le rachat en cours par Axa des actionnaires minoritaires de sa filiale APH, Prudential y déplace son barycentre.

En 2009, l’Asie lui a déjà apporté 44% de ses affaires nouvelles. Avec AIA, la proportion dépasse 60%. Le nouveau groupe sera numéro un à Hong Kong, à Singapour, en Thaïlande ou encore en Chine, avec des parts de marché avoisinant les 25 à 30%. Le siège social demeurera britannique, mais Prudential, inscrit au London Stock Exchange, prévoit une double cotation à Hong Kong.

L’acquéreur casse surtout sa tirelire. «Une transaction créatrice de valeur serait justifiée jusqu’à 30 milliards de dollars» estimaient les analystes de KBW avant l’annonce des détails de l’opération. A 35,5 milliards, le prix valorise la cible à 21,1 fois ses bénéfices 2009, après prise en compte des synergies de coûts. Celles-ci ne sont évaluées pour l’instant qu’à 340 millions de dollars avant impôt à compter de la troisième année. Le prix d’acquisition représente aussi un multiple de 1,7 fois la valeur intrinsèque d’AIA. Reflet des anticipations de croissance sur l’Asie, il est bien supérieur au ratio de 1,0 auquel se traite Prudential.

Les actionnaires de la compagnie britannique peuvent s’attendre dès lors à une grosse dilution. Car pour financer son offre, le groupe paiera 25 milliards en cash, dont 20 milliards issus d’une augmentation de capital menée en juin et garantie par Credit Suisse, HSBC et JPMorgan Cazenove. Tidjane Thiam, le directeur général de Prudential, a qualifié «d'hypothèse raisonnable» une décote d'environ 40%.

Credit Suisse, HSBC et JPMorgan garantissent aussi le placement de 5 milliards de dollars d’obligations. Les trois banques, conseils aussi de l'acquéreur en M&A avec Lazard, feront donc le plein de commissions. Goldman Sachs, Citi et Blackstone conseillent AIG, et Morgan Stanley la Fed.

Les 10,5 milliards restants seront payés en actions ordinaires (5 milliards) cessibles après douze mois et vingt-quatre mois, en obligations convertibles (3 milliards) et en actions de préférence.

Comme dans toute transaction d’envergure, Prudential fait enfin un pari en termes d’exécution. Le nouvel ensemble devra garder ses agents, mode de distribution privilégié dans la région. Le rapprochement le forcera aussi à arbitrer certaines filiales pour des raisons réglementaires. L’Inde autorise par exemple les acteurs étrangers à ne détenir d’intérêt que dans un seul assureur local. Or Prudential est allié avec la banque ICICI, et AIA avec Tata, au sein de coentreprises. Même problème en Chine, où le britannique s’est associé à Citic dans une société à 50/50, tandis qu’AIA, numéro un des assureurs étrangers avec 21% de parts de marché, est aussi l’un des rares à disposer d’une licence domestique.

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