Le marché de la dette bancaire reste fermé

le 02/06/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les banques européennes ne peuvent se financer à long terme qu'à travers les obligations sécurisées

Juin commence comme le mois de mai pour le secteur bancaire, chahuté à la fois sur les marchés actions et de crédit hier. Après quelques séances d’accalmie, les CDS des banques européennes se sont nettement écartés hier, avec de grandes différences d’un établissement à l’autre, les prêteurs espagnols étant particulièrement touchés. Le rapport semestriel de stabilité financière de la BCE, publié lundi soir, est venu rappeler à un marché toujours aussi nerveux les maux pourtant bien connus du secteur.

Premier motif de craintes, la qualité des actifs bancaires, symbolisée par les 195 milliards de dépréciations qui resteraient à passer en Europe d'ici à 2011 selon la BCE. «Il reste un gros travail de réparation des bilans bancaires à effectuer, estime le patron des financements d’une grande banque américaine. Un exemple: lors des restructurations de dette, les banques ont tout fait pour éviter de prendre leurs pertes, et ont repoussé les problèmes dans le temps en rallongeant les maturités».

Cette défiance trouve son pendant sur le passif des banques. Comme le relève la BCE, «le financement de marché reste significatif pour nombre de grands établissements bancaires» du total du passif selon les cas. Environ 800 milliards d’euros de dette arrivent à échéance d’ici à fin 2012, dont une partie garantie par les Etats. Ces chiffres cachent de profondes disparités entre établissements de la zone euro : pour 95 % du système, la garantie publique couvre moins de 5 % de la dette. Mais cette proportion peut grimper jusqu’à 30 % chez un petit nombre de banques.

Pollué par la crise grecque, l’accès des banques aux marchés de dette s’est brutalement refermé en mai. «Il s’avère difficile d’être le premier à revenir sur le marché. Les conditions sont moins intéressantes pour les émetteurs, et peu enthousiasmantes pour les investisseurs lorsqu’on raisonne sur les niveaux absolus de taux. Chacun va devoir réviser ses anticipations», décrypte Bernard du Boislouveau, coresponsable de l’origination de dette chez CA CIB.

Quelques transactions se font remarquer. Deutsche Bank a réémis 650 millions sur une souche 2013 à taux variable (floating rate note) à 73 points de base (pb) au-dessus de l’Euribor, contre 40 et 45 pb annoncé. En menant l’opération à son terme malgré ce prix, la banque allemande pourrait anticiper un renchérissement des conditions de financement dans les mois à venir.

Le marché de la dette subordonné est, lui, gelé depuis décembre en raison des incertitudes entourant le traitement prudentiel de ces instruments sous le nouveau référentiel Bâle III. Seules BPCE et Rabobank y ont émis.

Le marché des obligations sécurisées reste aujourd’hui le seul à fonctionner, de manière sélective. Hier, le Crédit Mutuel Arkéa a mis à prix un milliard d’euros de titres à 5 ans, à un spread de 50 pb au-dessus de la courbe des swaps. Les Caisses d’Epargne avaient rouvert le compartiment le 28 mai à travers leur véhicule GCE Covered Bond, à hauteur d'un milliard d’euros à échéance 2014. Après avoir sondé l’intérêt des investisseurs la veille, la banque mutualiste avait émis à un spread de 40 pb.

La tension est aussi palpable sur le financement court terme. La BCE a alloué hier 117,7 milliards d'euros à une semaine à 86 banques, contre 106 milliards à 83 banques la semaine précédente.Il s’agit de la sixième hausse consécutive.

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