Le Livret A entre en territoire inconnu

le 17/07/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La décollecte du produit, rémunéré à 1,25 % à compter du 1er août, va s'accélérer

Bercy a finalement fixé la limite à 1,25 %. Sur proposition de la Banque de France, la rémunération du Livret A ne sera abaissée que de 50 points de base à compter du 1er août. Pour la cinquième fois d’affilée, le gouvernement déroge donc à la règle de calcul qu’il s’est lui-même fixée, arguant de « circonstances exceptionnelles » qui deviennent récurrentes. Mais à de tels niveaux de taux d’intérêt nominaux, le coup de pouce des pouvoirs publics ne permettra pas d’endiguer la désaffection dont le Livret A commence à souffrir.

La rémunération du Livret A est fonction de la moyenne des taux courts au jour le jour et à 3 mois, qui ont atteint respectivement 0,70 % et 1,24 % en juin, et de l’inflation en France, négative de 0,5 % le mois dernier. « La stricte application de la formule de calcul des taux de l’épargne réglementée conduirait à abaisser à partir du 1er août le taux du livret A de 1,75 % à 0,25 % », soulignait hier la Banque de France, pour justifier cette nouvelle demande dérogatoire.

Autre accroc à la règle, la prochaine révision du taux s’appliquera le 1er février 2010. Bercy en revient donc à une fixation semestrielle du taux, et non plus trimestrielle, comme la Banque de France l’avait proposé… en avril 2009. « A 1,25 %, le taux du Livret A ne devrait plus baisser », annonce déjà Christine Lagarde, la ministre de l’Economie et des Finances.

Avec une inflation négative, la rémunération réelle du Livret A sera certes de 1,75 %. Soit bien plus qu’en juillet 2008, quand le taux culminait à 4 % avec un indice des prix en progression de 3,6 %. Mais l’épargnant moyen ne raisonne pas en termes réels, ce qui laisse attendre une poursuite de la décollecte entamée en mai dernier, lorsque le Livret A et le Livret de développement durable avaient perdu 1,6 milliard d’euros d’encours.

« Nous entrons en territoire inconnu, car jamais la rémunération du Livret A n’a été aussi basse. La décollecte peut être très rapide. Lors des années historiques de décollecte, en 1995-1996, on a vu sortir près de 4 milliards d’euros des livrets sur un mois », rappelle Cyril Blesson, directeur de la recherche économique et institutionnelle de Seeds Finance.

Le produit est aussi concurrencé à nouveau depuis trois mois par les contrats d’assurance vie en euros. Sans compter les livrets d’épargne soumis à l’impôt, qui donnent encore lieu de la part de certains établissements à des offres commerciales agressives. La Banque de France a d’ailleurs jugé bon récemment de rappeler aux banques que la rémunération de l’épargne liquide devait rester cohérente avec le niveau des taux de marché. Enfin, « le grand emprunt national que doit lancer la France pourrait être un réceptacle de la réaffectation des flux d’épargne en provenance du Livret A », souligne Cyril Blesson.

Le produit a néanmoins de la marge, après les collectes tout aussi exceptionnelles enregistrées fin 2008 et début 2009, lorsque la banalisation de sa distribution a coïncidé avec le pic de la crise financière et la ruée des investisseurs vers l’épargne liquide sécurisée. En deux ans, les encours du Livret A sont ainsi passés de 117 à plus de 160 milliards d’euros.

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