Les encours de crédit se contractent en France

le 13/05/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les banques françaises restaurent leurs marges mais risquent de payer la chute des volumes

Pour prix d’un refinancement garanti par l’Etat, dont Bruxelles a autorisé hier la prolongation, les banques françaises se sont engagées à accroître cette année leurs encours de 3 à 4 %. Elles n’en prennent guère le chemin, alors que, dans le même temps, la baisse des taux leur permet de reconstituer leurs marges. A fin mars, l’encours de crédit au secteur privé dans l’Hexagone est encore en hausse de 3,4 % sur un an, mais décroît de 0,2 % en annualisant les chiffres du premier trimestre, selon la Banque de France.

En attendant la publication des résultats trimestriels de Natixis ce soir et du Crédit Agricole demain, la tendance se lit déjà dans ceux de BNP Paribas et de la Société Générale. Les deux banques ont eu beau jeu de mettre en avant la variation sur un an de leurs encours en France, soit 8 % et 7,3 % respectivement à fin mars. Par rapport au quatrième trimestre, les encours de BNP Paribas se contractent de 0,6 %, et même de 1,7 % sur la clientèle d’entreprises. A la Société Générale, la décrue est de 0,1 %.

Le plongeon depuis l’an dernier de la production – le vrai indicateur du soutien à l’économie, plutôt que le critère des encours fixé par le gouvernement – s’est donc traduit très vite dans le bilan des banques. La tendance devrait se poursuivre compte tenu de la faiblesse des nouveaux crédits, notamment dans l’habitat, qui pèse 38 % des concours au secteur privé et même 75 % des prêts aux ménages. « Nous tablons désormais sur une production de crédit habitat fin 2009, qui s’établirait à 80 milliards d’euros », contre 92,8 milliards sur douze mois glissants à fin mars, estime Cyril Blesson, directeur de la recherche chez Seeds Finance. Pas assez pour compenser l’amortissement en capital sur le stock de prêts et les remboursements anticipés.

Cette décrue promet des résultats difficiles aux réseaux de détail en France, qui vivent sur leurs encours. Seule consolation : leurs marges augmentent. Même si le coût de la ressource bancaire sur les marchés obligataires n’a guère varié en un an à 5,40 % fin mars, la baisse des taux monétaires (Eonia, Euribor) profite aux prêteurs et n’a été qu’en partie répercutée auprès des clients. Entre octobre et mars, par exemple, l’écart entre les crédits à taux variables accordés aux entreprises et l'Euribor 3 mois est passé de 45 à 92 points de base. « Là où la marge nette d’une banque en France atteignait péniblement 1 % l’an dernier, elle se situe aujourd’hui entre 1,5 % et 2 % selon le poids relatif des activités de détail ou de banque de financement », résume un analyste financier.

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