BNP Paribas rentabilise l’achat de Fortis

le 02/12/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les synergies de 900 millions attendues de la banque belge dépassent les attentes des analystes

Après huit mois de silence, BNP Paribas a enfin divulgué en détail les modalités de l’intégration de Fortis devant un aréopage d’analystes et d’investisseurs impatients. La surprise était au rendez-vous : l’établissement français a porté les synergies annuelles à 900 millions d’euros à compter de 2012, soit un quasi-doublement par rapport au montant initial de 500 millions. Les estimations les plus optimistes faisaient au mieux état de 700 millions. L’essentiel – 850 millions – sera constitué de synergies de coûts.

L’écart entre l’estimation initiale des synergies et le montant annoncé peut s’expliquer par une certaine prudence de BNP Paribas au moment de l’annonce de l’opération, effectuée en pleine tourmente financière.

«Dans le passé, les banques ont eu tendance à surestimer les synergies, notamment à travers des synergies de recettes assez importantes qui ne se réalisaient jamais. Cela a notamment été le cas dans les activités de banque de financement et d’investissement du Crédit Lyonnais fusionné avec Indosuez, et dans celui de CDC-Ixis fusionné avec Natexis. Autre exemple, les synergies de recettes comptaient pour 38% des synergies totales dans le cas du rachat de la BNL par la BNP», explique Christophe Nijdam, analyste chez Alphavalue. Or, l’établissement de la rue d’Antin chiffre les synergies nettes de revenus à seulement 50 millions d’euros. C’est donc qu’il a totalement revu le potentiel d’économies de coûts chez Fortis Banque (qui intègre aussi 25% de l’assurance du holding Fortis).

Cette réévaluation révèle en effet à quel point BNP Paribas a réalisé une bonne affaire. Il est pour cela nécessaire de déterminer la valeur actuelle des synergies (voir tableau). En prenant un taux d'actualisation de 11% (correspondant à un coût des capitaux propres estimé pour BNP Paribas Fortis), la valeur des synergies générées par l’intégration de Fortis ressort à 4,38 milliards d’euros. Elle représente 71% du prix d’achat net de 6,2 milliards payé par BNP Paribas à l’Etat belge. Une proportion jugée très élevée. A titre de comparaison, dans le cas du rachat du Lyonnais par le Crédit Agricole, le pourcentage était inférieur à 15% du prix d’achat. Il représentait moins du quart lorsque BNP Paribas a acquis l’italien BNL en 2006.

Le poids des synergies annuelles par rapport à la base de coût de Fortis Banque constitue un autre indicateur instructif. «Elles en représentent 16%. Dans les fusions transfrontières du secteur bancaire, elles se situent plutôt entre 10 et 15% par an», indique Christophe Nijdam.

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