BNP Paribas met la pression sur ses concurrents

le 30/09/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La banque est la première, en France, à se dégager de la tutelle publique, en levant 4,3 milliards

BNP Paribas n’a pas attendu juin 2010 pour dégainer. La banque sera la première, parmi les établissements français, à rembourser, le 28 octobre prochain, le soutien financier reçu de l’Etat, et à s’émanciper de la tutelle publique. Les marchés ont bien accueilli la nouvelle, qui se traduira par une augmentation de capital de 4,3 milliards d’euros, à raison d’une action nouvelle à 40 euros pour dix existantes. Les analystes estiment même que le groupe aurait pu lever davantage afin de renforcer ses fonds propres.

L’opération annoncée se révèle en effet quasi neutre en termes de solvabilité. Son montant a été calibré pour couvrir les 5,1 milliards d’euros reçus de l’Etat sous forme d’actions de préférence, et le coût estimé de ces titres, soit 226 millions d’euros en sept mois sur la base d’un dividende de 7,65 %. Outre les 4,3 milliards qui seront placés du 30 septembre au 13 octobre, BNP Paribas lèvera 750 millions grâce au paiement du dividende en actions, et environ 260 millions auprès de ses salariés. Le ratio de solvabilité tier one se maintiendra donc autour de 9,1 %, en baisse de 14 points de base.

La banque aurait-elle dû aller plus loin ? Le G20 a relevé les exigences en capital du secteur. «BNP Paribas aurait pu prendre de l’avance en levant un milliard de plus», juge un analyste à Paris. L’équipe de recherche de Nomura souligne qu’après l’opération, «le core tier one (ratio de fonds propres durs, ndlr) restera à 7,1 %, encore sous l’objectif de 8 % que l’industrie semble désormais se fixer pour la banque de détail et d’un ratio de 9 % plus approprié pour la banque d’investissement». Les marchés semblaient prêts à absorber davantage de titres, l’action BNP Paribas ayant bien réagi (+2,35 % à 57,90 euros).

Répondant à la critique, le directeur général Baudouin Prot a fait valoir que «BNP Paribas bénéficie d’une forte génération de fonds propres par les résultats», de 0,2 point de tier one à chacun des deux premiers trimestres. Elle devrait en faire autant au troisième, car les bénéfices ne marqueront «pas d’inflexion significative». «Il est important de ne pas sur-accumuler du capital», a plaidé le dirigeant, en soulignant aussi que l’opération n’était pas destinée à financer des acquisitions.

Le groupe met en tout cas la pression sur ses concurrents directs, en France et en Europe, qui composent encore avec l’Etat à leur tour de table. Il convient cependant de distinguer deux cas. Les banques qui n’ont émis que des titres subordonnés, comme Crédit Agricole SA (3 milliards d’euros) ou le Crédit Mutuel (1,2 milliard), peuvent les rembourser en faisant appel au marché de la dette. Celles qui ont placé aussi des actions de préférence, comme BPCE (3 milliards sur 7) et la Société Générale (1,7 milliard sur un total de 3,4 milliards reçus de l’Etat) devront sans doute augmenter leur capital.

Les regards se tournaient d’ailleurs hier vers la Société Générale, qui aurait à émettre au moins 2 milliards d’euros selon les calculs des analystes. Pas de quoi inquiéter les opérateurs, le titre du groupe ayant aussi progressé hier. La journée est de toute façon positive pour la banque de la Défense : elle fait partie du syndicat de placement, avec Intesa, UniCredit, JPMorgan, Goldman Sachs, Lazard-Natixis, Citi et Credit Suisse. L’opération est dirigée par BNP Paribas, HSBC et Calyon.

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