Le bilan des banques reste un sujet de débat

le 15/09/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Moody's estime à 130 milliards de livres les pertes à venir pour les établissements britanniques

Le regain de vigueur des marchés depuis le début de l’année a relégué au second plan la question des portefeuilles de produits à risque – titres ou créances – dans le bilan des banques. La question de la publication des tests de résistance des établissements du Vieux Continent divise toujours les pays de l’Union européenne, à la veille du sommet du G20 prévu les 24 et 25 septembre prochains à Pittsburgh, aux Etats-Unis. Pourtant les rapports sur la situation des banques ne sont guère encourageants.

Le réveil pourrait être douloureux. Les banques britanniques devraient perdre encore 130 milliards de livres sterling (environ 148 milliards d’euros), d’après les estimations de Moody’s – qui a maintenu sa perspective négative sur le secteur pour les prochains douze à dix-huit mois dans un rapport publié hier. Ce montant est supérieur de 20 milliards à celui que ces institutions avaient absorbé à la fin de l’année dernière. Le mois dernier, son homologue Standard & Poor’s avait chiffré ses estimations à 94 milliards de sterling entre 2009 et 2011. Pour Moody’s, la chute du PIB outre-Manche va continuer à affecter la qualité des portefeuilles de créances hypothécaires et d’entreprises des banques britanniques pendant un à deux ans.

Par exemple, l’agence de notation s’attend à ce que le taux de défaillance des entreprises dans le monde atteigne un pic de 12,8 % à la fin de l’année, pour s’établir à 6 % au deuxième trimestre 2010. A l’échelle européenne, les anticipations sont encore plus pessimistes (15 % fin 2009 et 12,5 % en juin prochain). « Parmi les banques les plus exposées [au risque immobilier commercial], l’on trouve RBS, Lloyds TSB et HBOS, dont les portefeuilles de créances étaient tous exposés à hauteur de 10 % au secteur de la construction et de l’immobilier fin 2008 », ajoute l’agence. En écho à cette déclaration, l’agence de presse Bloomberg rapporte que RBS, aujourd'hui nationalisée, a décidé d’arrêter son activité de prêts immobiliers commerciaux à l’étranger – laissant en suspens 33 milliards de livres de créances dans son bilan.

Mais ces estimations peu réjouissantes ne se limitent pas aux seules banques britanniques. D’après Credit Suisse, les établissements espagnols auraient sous-estimé de 30 % le montant des prêts douteux présents dans leurs bilans, en reprenant directement les immeubles détenus par les promoteurs sur lesquels ils détiennent des créances. L'ardoise pourrait atteindre 150 milliards d’euros, selon les analystes. « Les banques sont capables de faire face à cette situation, mais les chiffres affichés minimisent la réalité, écrit l’auteur de l’étude. Si la tendance actuelle se maintient, la proportion de créances impayées pourrait atteindre 8 % l’année prochaine. » Le taux atteignait 4,6 % en juin selon la banque centrale espagnole.

La tendance semble donc assez généralisée. Aucun élément n’a pour l’instant été chiffré en France, mais outre-Rhin, des rumeurs font état de nouveaux besoins en capital de certains acteurs. Selon le Tagesspiegel, qui cite une étude de la Bundesbank, Hypo Real Estate, nationalisée en raison de la crise, aurait besoin de 26 milliards d’euros de fonds propres supplémentaires : ses pertes potentielles sur ses portefeuilles de prêts et de titres s’élèveraient en effet à 16,3 milliards.

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