Les banques françaises en manque de visibilité

le 15/02/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La réglementation et la crise grecque seront en arrière-plan des comptes 2009

Les banques françaises vont publier leurs comptes cette semaine et la semaine prochaine, alors que la crise grecque et les évolutions réglementaires limitent leur visibilité. Le président de la Fédération bancaire française (FBF) et directeur général de BNP Paribas, Baudouin Prot, considère que la Grèce n’est pas un sujet de préoccupation particulier. Les établissements devront néanmoins répondre de leur exposition à la dette hellène – et plus généralement à la dette souveraine des pays les moins solides de la zone euro.

En effet, si la Grèce n’est pas au bord de la faillite, les banques françaises détenaient tout de même 75 milliards d’euros de créances vis-à-vis du pays au 30 septembre 2009, selon la Banque des règlements internationaux (L’Agefi du 12 février). Crédit Agricole SA (Casa), la structure cotée de la banque verte, dont les comptes seront publiés le 25 février, est particulièrement concernée: elle contrôle Emporiki, qui, avant les développements récents dans son pays, estimait ses pertes à environ 900 millions d’euros sur la période 2009-10.

La volatilité sur les marchés en fin d’année, notamment sur les produits de taux, devrait également peser sur les revenus de trading des activités de financement et d’investissement (BFI). Si l’ensemble des établissements seront concernés, à l’instar de leurs rivaux Deutsche Bank et Credit Suisse, la Société Générale est particulièrement visée: elle a averti en janvier que les revenus de sa BFI du dernier trimestre 2009 seraient inférieurs au trimestre précédent. En outre, l’établissement de La Défense (qui publiera le 18 février) a passé une charge de 1,4 milliard d’euros sur son portefeuille de produits structurés.

Le fait que son résultat net devrait rester légèrement bénéficiaire au quatrième trimestre suppose une performance honorable en banque de détail notamment. Les perspectives des réseaux semblent d’ailleurs plutôt positives pour le secteur. «Nous attendons une forte performance dans les réseaux et en collecte pour CASA. Le coût du risque devrait se stabiliser à la Société Générale, tandis que les perspectives de BNP Paribas en banque commerciale demeurent favorables grâce à une reprise des activités génératrices de commissions», estime Jean-Pierre Lambert, analyste chez KBW.

La réglementation constitue en revanche une source d’inquiétude à venir. Le Comité de Bâle envisage notamment d’exclure les intérêts minoritaires et les fonds propres des activités d’assurance dans le capital réglementaire des banques. Les établissements mutualistes et/ou dont l’activité dans l’assurance est importante sont menacés: c’est en particulier le cas du Crédit Agricole, qui détient 25% de ses caisses régionales et dont l’activité dans l’assurance est la plus importante du secteur.

Etant donné que les discussions n’en sont qu’à leur début, elles n’auront pas d’effet sur les comptes de 2009. Mais elles peuvent peser durablement sur la visibilité du secteur. «Devant l’impossibilité de déterminer une valeur fondamentale des banques, les investisseurs peuvent exiger que ce secteur conserve un price / earning ratio [capitalisation rapportée aux bénéfices] nettement inférieur aux autres secteurs et à sa moyenne de long terme», estiment donc Christian Parisot et Jean-Louis Mourier, économistes chez Aurel BCG.

A lire aussi