Bâle 3 lance la course aux levées de fonds

le 14/10/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

StanChart a décidé d'anticiper l'effet des nouvelles règles bancaires en augmentant son capital

Bâle 3 ne commencera à s’appliquer qu’en 2013, mais la course aux capitaux semble lancée. En annonçant hier une augmentation de capital de 3,26 milliards de livres (3,7 milliards d’euros), Standard Chartered a surpris. La banque britannique anticipe la mise en œuvre des nouvelles règles internationales en matière de solidité des fonds propres, et emprunte ainsi la voie ouverte par Deutsche Bank et son opération de 10,2 milliards d’euros. Même si les concurrents assurent ne pas avoir besoin d’un appel au marché, la pression monte.

La banque britannique propose à ses actionnaires d’acheter une action nouvelle pour huit détenues, au prix de 1.280 pence contre un cours de clôture mardi de 1.908 pence. La décote sur cours ex-droit (1.839 pence) s’élève ainsi à 30,4% et la dilution réelle au capital à 7,7% pour un actionnaire qui réaliserait une opération blanche en souscrivant dans la limite du produit de vente de ses droits. Contre une dilution brute de 11,1% faute de répondre à l’appel. Son principal actionnaire, Temasek (17,7% du capital), participera à l’opération. Aberdeen devrait en faire autant. JPMorgan Cazenove, Goldman Sachs et UBS dirigent l’offre.

Comme Deutsche Bank, dont l’opération se justifiait d’abord par le rachat de Postbank, StanChart n’est pourtant pas la plus mal en point des banques. Mais elle ne veut pas laisser le Comité de Bâle mettre à mal ses projets de croissance au sein des marchés émergents, notamment en Asie, où son bilan ne cesse de croître. Ses actifs pondérés du risque ont progressé de 18% au premier semestre.

«Le ratio core tier one était de 9% seulement à fin juin en normes Bâle 2, ce qui est bas comparé aux banques locales dans la plupart des pays où StanChart est présente, notent les analystes de Credit Suisse. Les banques privées à Honk Kong, en Inde et à Singapour sont plus proches de 11-12%». Le directeur général Peter Sands a assuré que le produit de l’opération ne constituera pas un «trésor de guerre» pour financer une acquisition majeure.

La banque estime que son ratio de fonds propres durs sera voisin de 10% après l’augmentation de capital de 3,3 milliards de livres (+ 2 points) et l’application des pondérations concoctées par le Comité de Bâle (impact négatif d’un point), qui a fixé un seuil minimal de 7%. Mais mieux vaut prévenir, car l’environnement réglementaire ne va pas manquer d’évoluer, avec des exigences complémentaires pour les banques jugées systémiques. La FSA pourrait aussi, à l’image du régulateur suisse, imposer aux banques britanniques des contraintes supérieures.

Les analystes de Credit Suisse jugeaient pourtant hier l’initiative de StanChart précipitée, car elle va amputer selon leurs calculs le bénéfice par action de 6% en 2011 et 2012. «Standard a trois ans pour se conformer aux nouvelles règles et aurait pu limiter son dividende ou ralentir modestement la croissance des actifs», estiment-ils.

Les regards se tournent désormais vers d’autres établissements. Barclays, qui fait figure de prochain sur la liste si la FSA durcit encore le cadre Bâle 3, a cédé jusqu’à 5% hier. Macquarie a dégradé mardi Crédit Agricole SA, jugeant que la banque verte aura besoin de lever 4 milliards d’euros d’ici à fin 2010. Les deux titres ont sous-performé l’indice sectoriel Euro Stoxx 50, en nette hausse hier.

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