Bâle 3 laisse du temps au secteur bancaire

le 14/09/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les marchés actions écartent le spectre d'une vague de recapitalisations à court terme

Dans l’expectative depuis neuf mois, les marchés actions et crédit ont manifesté hier leur soulagement après la publication par le Comité de Bâle des nouvelles règles prudentielles pour le secteur bancaire. La mise en place d’un ratio de fonds propres durs moins strict qu’attendu, à 7 %, et un calendrier d’application étalé jusqu’en 2019, écartent le spectre de recapitalisations massives. Cette annonce «devrait permettre d’éviter de lourdes augmentations de capital à court terme», se réjouissait hier Oddo Securities.

Les investisseurs ne raisonnent certes pas à horizon 2019. «La question de la solvabilité est aussi une question relative entre groupes. Si une compétition s’engageait sur le niveau de fonds propres, le calendrier d’obtention des ratios minimum pourrait être significativement raccourci», reconnaît Oddo Securities. Les banques auront intérêt à faire appel au marché dès qu’elles le peuvent pour lever l’incertitude. «Celles qui n'atteindraient pas encore aujourd'hui un core tier one de 7% devront maintenir une politique de distribution raisonnable», juge aussi Oddo. Dilution des actionnaires et baisse du rendement restent donc au programme.

Le ratio de 7%, qui inclut un coussin de sécurité de 2,5%, constitue par ailleurs «le strict minimum», selon les analystes actions de Credit Suisse. «Le standard du marché pour une banque correctement capitalisée sera plutôt de 8%, et l’on parlera d’excédent de fonds propres à partir de 10%», poursuit le courtier.

Mais même à l’horizon 2012, retenu hier par la majorité des analystes pour simuler l’effet Bâle 3, la situation semble gérable. Sur l’échantillon de 49 banques européennes cotées suivi par Keefe Bruyette & Woods, «le respect d’un ratio de 7% requerrait 27 milliards d’euros de capital supplémentaire, tandis qu’il faudrait 55 milliards pour un ratio de 8%». Il faudrait cependant y ajouter les exigences imposées aux banques systémiques, dont l’impact et le périmètre restent à définir. Un coussin contra-cyclique, à définir par les régulateurs nationaux dans une fourchette de 0% à 2,5%, pourra aussi s’appliquer en cas de surchauffe de l’économie, hypothèse peu probable aujourd’hui. En Allemagne, la Bundesbank a ainsi jugé que les banques devraient lever un montant significatif de capital.

Seule une minorité d’établissements cotés apparaît vraiment en position de faiblesse. Le premier est Commerzbank, dont le capital tier one est de mauvaise qualité. A fin juin, la banque allemande aurait affiché un ratio de fonds propres durs sous Bâle 3 de 2,8%, calcule Raymond James, sous la nouvelle barre (hors coussin de sécurité) de 4,5%. Le second est Crédit Agricole SA (4,3%), qui pâtit de ses intérêts minoritaires et de son poids dans l’assurance. Sa situation apparaît toutefois bien différente de celle de Commerzbank, le véhicule coté des caisses régionales pouvant compter sur les excédents de fonds propres de son actionnaire majoritaire. Le titre s’est d’ailleurs envolé de plus de 7% en séance.

Les italiennes Monte dei Paschi di Siena et Banco Popolare, ainsi que les banques irlandaises, sont aussi fréquemment citées comme les plus fragilisées par les nouvelles règles, à l’inverse des banques nordiques, parmi les mieux capitalisées. Leurs concurrentes britanniques et suisses affichent des ratios flatteurs, mais se verront appliquer des exigences de fonds propres durs supérieures au minimum Bâle 3 par leurs superviseurs respectifs.

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