Avis de gros temps sur le Livret A

le 02/07/2009 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Nouvelle baisse du taux au 1er août, emprunt Sarkozy : la décollecte va s'accélérer

Grosse décollecte en perspective pour le Livret A. Sa rémunération devrait, en théorie, être ramenée à 0,25 % au 1er août, compte tenu des taux courts au 30 juin. Tel est le résultat des calculs de BNP Paribas, qui se fonde sur une prévision d’inflation de -0,4 % en France en juin, l’Insee publiant le chiffre définitif le 16 juillet. Le résultat vaut pour une inflation comprise entre -0,3 % et -0,7 %. Au cas où les autorités fonderaient leur calcul sur une inflation zéro et pas négative, le taux théorique serait de 0,50 %.

Bercy n’en viendra certes pas à de telles extrémités. L’Etat a déjà donné un coup de pouce au Livret A au printemps en fixant sa rémunération à 1,75 % depuis le 1er mai. Et Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, qui propose au gouvernement tous les trois mois le niveau de taux souhaitable, a indiqué le 23 juin qu’il lui faudrait tenir compte de « facteurs psychologiques ».

Ceux-ci ont déjà produit leurs effets : le Livret A et le Livret de développement durable ont perdu 1,6 milliard d’euros en mai, mois qui a coïncidé avec leur plus bas taux nominal depuis la Libération. Tout porte à croire que la décollecte s’est poursuivie en juin. « Nous considérons que le niveau de rémunération psychologiquement et politiquement acceptable ne peut descendre sous 1 % », estime dans ces conditions Dominique Barbet, économiste de marché chez BNP Paribas.

Un nouveau coup de pouce de l’Etat serait une maigre consolation. A 1 %, la décollecte sur le Livret A ne peut que s’amplifier. Après avoir bénéficié de son caractère sécuritaire à l’automne 2008 et de sa banalisation dans tous les réseaux bancaires, le produit va subir un dur retour de balancier. « La baisse de la rémunération est un facteur qui favorisera le lancement du grand emprunt public auprès des particuliers annoncé la semaine dernière par Nicolas Sarkozy », ajoute Dominique Barbet. Ce qui laisse attendre, à l’horizon 2010, une nouvelle ponction massive sur les encours du Livret A (163 milliards d’euros à fin avril).

Ces évolutions auront dans l'immédiat peu d'effet sur le financement du logement social, dont les encours sont largement inférieurs à ceux du Livret A. Elle risquent en revanche de pénaliser rapidement les obligations indexées sur l’inflation française (OATi). Celles-ci servent de produit de couverture, la rémunération du Livret A étant elle aussi indexée en partie sur l’inflation. Elles avaient ainsi bénéficié courant 2008 d’une forte demande, liée au succès de la collecte, par rapport aux autres obligations indexées européennes. Le mouvement de décollecte leur sera à l’inverse néfaste. « Des gestionnaires d’actifs vendent actuellement leurs protections contre le Livret A », relevait la semaine dernière la recherche taux de SG CIB.

Que le gouvernement décide de s’écarter une nouvelle fois de la formule de calcul du taux du Livret pour rendre ce dernier plus attractif aura des effets tout aussi négatifs sur les OATi. « Les révisions apportées au Livret A par le gouvernement ont toujours déclenché la fermeture des stratégies de couverture associées par les gestionnaires, rappelle SG CIB. La couverture deviendra inutile si le gouvernement abandonne la relation directe entre le taux du Livret et l’inflation ».

A lire aussi