Credit Suisse fait le choix du changement

le 11/03/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L'arrivée de Tidjane Thiam à la tête de la banque nourrit les attentes d'une réorientation stratégique.

Tidjane Thiam a fait pratiquement tripler le cours de bourse de Prudential. © DR

Crédit Suisse va-t-il changer de stratégie en changeant de directeur général ? L'annonce mardi matin de la nomination à sa tête de Tidjane Thiam, en remplacement de Brady Dougan, a fait bondir l’action du groupe helvète qui a terminé la journée à +7,76% à la clôture à Zurich. Brady Dougan, directeur général depuis 2007, va laisser sa place fin juin à l’actuel directeur général de l’assureur britannique Prudential. Le changement à la tête de la banque suisse a été salué par les investisseurs alors que le titre avait perdu 7,5% depuis début janvier.

Une période de transition dans sa gouvernance s’ouvre pour Credit Suisse, au cours de laquelle «nous allons accélérer notre stratégie mais sans grands changements», indiquait hier après-midi Brady Dougan lors d’une conférence de presse à Zurich. «Tidjane Thiam va analyser la situation lui-même», a précisé Urs Rohner, président de la banque, en présence de l’intéressé, qui présentait le matin même les résultats de Prudential à Londres.

Choisi pour «sa capacité à créer de la valeur pour les actionnaires», dixit Urs Rohner, «Tidjane Thiam a une expérience de la façon de monter des affaires nouvelles dans les marchés émergents en Asie». Un axe qui pourrait être développé par la banque, dont la transformation depuis la crise a été moins rapide que celle de son compatriote UBS. Contrairement à cette dernière et malgré la pression des investisseurs, Credit Suisse n’a pas réduit drastiquement ses activités de banque d’investissement, qui pèsent encore 50% de ses revenus, contre 30% chez UBS. «L’allocation des capitaux va changer d’ici au quatrième trimestre et nous voulons aller davantage vers la gestion d’actifs », assure Urs Rohner.

«Vu son parcours, le nouveau directeur général devrait se concentrer sur la gestion de fortune et favoriser les revenus basés sur les actifs par rapport aux revenus issus du trading. Cela devrait être positif pour le prix de l’action», estime Matt Spick, analyste chez Deutsche Bank.

«Les organisations doivent croître pour être saines. J’ai la conviction que Credit Suisse a un potentiel énorme et de vraies opportunités de croissance en gestion de fortune», indiquait hier Tidjane Thiam. En cinq ans, le prix de l’action de Prudential a presque triplé sous sa direction et l’assureur britannique s’est fortement développé en Asie où il a basculé la majorité de ses activités et doublé son résultat opérationnel. Sous la direction de Brady Dougan, et crise financière oblige, l'action Credit Suisse a perdu au contraire 73%.

Le futur directeur général va reprendre les rênes d’une banque considérée comme sous-capitalisée et il sera plus à même que son prédécesseur d’annoncer une augmentation de capital, considèrent différents analystes. Initialement annoncé à 10,2%, le ratio common equity tier one (CET1) de Credit Suisse à fin 2014 s’établit à 10,1%, suite à l’annonce fin février de 277 millions de francs de provisions supplémentaires sur les comptes du quatrième trimestre, pour un litige lié au subprime aux Etats-Unis qui pourrait lui coûter très cher. C’est juste au-dessus de son objectif minimum de 10%.

La banque suisse pourrait aussi tourner plus rapidement la page des scandales et litiges avec la justice en nommant un nouveau directeur général. Des appels au départ de Brady Douglas avaient suivi l’annonce d’un accord de plus de 2,5 milliards de dollars avec la justice américaine l’année dernière, nourrissant les spéculations sur ses besoins d’augmentation de capital.

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