Le modèle des géants bancaires est sous pression

le 26/02/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les contraintes réglementaires relancent le débat sur l'intérêt de scinder des groupes comme HSBC et JPMorgan.

JPMorgan et d’autres banques systémiques doivent-elles être démantelées ? Photo Bloomberg.

Faut-il démanteler les géants bancaires tels que JPMorgan et HSBC? La question refait surface alors que les contraintes en fonds propres des banques systémiques ne cessent d’augmenter et que les scandales, comme celui des Swiss Leaks, mettent en cause la capacité des dirigeants à mener ces paquebots. Le nombre de banques aux ambitions mondiales est voué à se réduire. Dernier exemple en date: celui de RBS, qui devrait annoncer ce matin son retrait des deux tiers des pays où le groupe britannique est présent.

Le cas RBS est certes particulier: la banque nationalisée est engagée depuis plusieurs années dans une restructuration imposée par la crise de 2007. Cette semaine, tant HSBC que JPMorgan ont cependant reconnu le coût lié à leur caractère de banque universelle systémique. Elles ont toutes deux abaissé leurs objectifs de rentabilité, à l’échelle du groupe pour le britannique et du métier de banque d’investissement pour son concurrent américain. Une décision qui reflète l’accroissement de la pression réglementaire.

Celle-ci s’exerce sur toute la structure du capital, entre les propositions de la Fed sur les prêteurs systémiques américains (G-SIB) et la mise en œuvre d’ici à 2019 du TLAC, le mécanisme de résolution des banques. «Avec une inflation des actifs pondérés du risque liée à la réglementation de 120 milliards de dollars ces deux prochaines années, il manque 40 milliards d’euros de capital à HSBC», estimaient hier les analystes d’Exane BNP Paribas. Surtout, le groupe pourrait devoir émettre jusqu’à 190 milliards de dollars de dette «bail-inable» pour répondre aux exigences du TLAC, calcule le courtier. «Dans leur forme actuelle, les différents projets de réglementations réduiraient les profits de 2 à 3 milliards de dollars par an par rapport à aujourd’hui», ajoute Exane.

Le coût de la conformité des opérations, dont BNP Paribas a fait les frais l’an dernier aux Etats-Unis, plaide aussi contre les supermarchés de la finance, capables de traiter des flux dans le monde entier. «Dans de nombreux pays, l’activité bancaire va poser un gros risque juridique. Les banques vont se recentrer sur des géographies plus sûres», pronostique un banquier français.

Du point de vue de l’investisseur, une scission serait-elle pour autant créatrice de valeur ? Mardi, Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, a mis en avant les synergies liées à son modèle intégré: ventes croisées, diversification, économies d’échelle, puissance de la marque... Il les chiffre à 15 milliards de dollars de revenus par an et 3 milliards de dollars de coûts, pour un impact en résultat net de 6 à 7 milliards.

Si les scissions ont fait la preuve de leur intérêt pour des entreprises non financières, les analystes ne croient pas aux miracles dans le domaine bancaire. Ceux de Goldman Sachs avaient fait jaser début janvier en estimant qu’un JPMorgan scindé en quatre vaudrait 13% de plus que sous sa forme intégrée. Mais ils reconnaissaient que ce potentiel de hausse «ne justifie sans doute pas les risques d’exécution» d’un tel projet. Dans leur note sur HSBC publiée hier, les analystes d’Exane se montrent eux aussi sceptiques. «Il est difficile de croire que la valeur nette créée grâce à une scission du groupe serait significative par rapport à la valeur de marché de la banque, de 180 milliards de dollars», écrivent-ils.

En l’absence de réponses claires, le débat sur les banques «trop grosses pour être gérées» devrait durer encore longtemps.

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