Santander montre la voie au secteur bancaire

le 09/01/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La levée de fonds et la baisse du dividende annoncées hier reflètent l'exigence croissante imposée aux banques.

Ana Botin, présidente du groupe Santander. Photo DR.

Le chemin est encore long pour les banques avant d’atteindre le niveau de capitalisation optimal fixé par les régulateurs. En témoignent les mesures prises hier par Santander. La banque espagnole a annoncé une augmentation de capital de 7,5 milliards d’euros par placement accéléré au prix de 6,18 euros par action, et une baisse de son dividende pour 2015. Même si ses concurrentes sont mieux capitalisées, l’accumulation des contraintes réglementaires laisse attendre d’autres mesures de ce type chez les grandes banques européennes.

Santander affichait un ratio common equity tier one (CET1) de 11,4% à fin septembre en normes Bâle 3 transitoires, mais ne communique pas sa solvabilité avec une application à 100% des nouvelles règles, contrairement à ses grands concurrents. «La principale faiblesse du groupe est son ratio CET1 fully loaded, qui devrait atteindre 8,6% à fin décembre 2014 et 10% à fin 2015 aux niveaux actuels de génération de capital, soit toujours en-dessous du minimum de 10,5% que nous considérons comme confortable», écrivaient les analystes crédit de la Société Générale le mois dernier.

Ana Botin, nouvelle présidente du groupe, met fin à cette anomalie en augmentant le capital de 9,9%, avec le soutien de Goldman Sachs et UBS. Cela lui donnera un CET1 fully loaded à 10%, sur la base d'un résultat net 2014 en hausse de 30% à 5,8 milliards d'euros. La baisse du dividende versé en 2015 est brutale: une division par trois, à 0,20 euro. Mais il sera payable désormais aux trois quarts en cash contre 100% en titres en 2014. Santander compte aussi porter entre 30% et 40% son taux de distribution en 2016, au lieu de 20%.

Les autres grandes banques européennes présentaient toutes des ratios CET1 non phasés supérieurs à 10% à fin septembre, les plus proches de ce seuil étant BNP Paribas et BBVA (10,1%), UniCredit (10,3%) et la Société Générale (10,4%). Mais les institutions jugées d’importance systémique, les G-SIB, font aujourd’hui face à une surenchère réglementaire. Fin 2014, les pays du G20 ont dévoilé le principe du TLAC, un mécanisme d’absorption des pertes qui va pousser le secteur à renforcer ses fonds propres en émettant de coûteux instruments hybrides. La révision du mode de calcul des encours pondérés par le risque (RWA), «devrait produire une inflation à deux chiffres des RWA à moyen terme», estiment les analystes de Nomura. Enfin, les exigences de ratios de levier (capital sur total de bilan) sont régulièrement relevées.

«Nous pensons que les actions déjà engagées par les banques leur permettront d’atteindre l’objectif sans nouvelles augmentations de capital, mais les actionnaires souffriront d’une dilution à travers un coût plus élevé des instruments hybrides, de moindres revenus dus à la réduction des bilans, ou un report de dividendes», indiquait Nomura en décembre. Hier, BoA Merrill a dégradé ses recommandations sur Credit Suisse et UBS: le courtier anticipe un durcissement des normes bancaires en Suisse et pense que le marché surestime les perspectives de dividendes des deux groupes. La veille, Barclays notait que BNP Paribas aurait peine à tenir son objectif 2016 de retour sur fonds propres, pour les mêmes raisons.

La cible mouvante fixée par les régulateurs laisse donc les investisseurs circonspects face aux valeurs bancaires en Bourse. « Nous anticipons une dilution de 20% des bénéfices par action des banques à 2018, et nous sommes sous-exposés aux financières», indique Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion.

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