Le risque pétrolier pèse sur les valeurs bancaires

le 08/01/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La chute du Brent accroît la sous-performance du secteur en Bourse. Rien d'inquiétant, selon les analystes.

La chute des prix du pétrole, passé hier sous les 50 dollars le baril de Brent, fait une victime collatérale: les valeurs bancaires en Bourse. Depuis le 15 septembre, date à laquelle le plancher des 100 dollars a été enfoncé, l’indice Euro Stoxx 50 des banques a perdu 16%, contre -6,6% pour l’indice général. «Le mouvement du prix du pétrole semble avoir servi de catalyseur», notent les analystes actions d’Exane BNP Paribas. L’exposition des banques européennes au secteur pétrolier ne semble pourtant pas devoir susciter trop de craintes.

Le risque pétrolier peut jouer sur les valeurs bancaires à trois niveaux. Le gel de projets d’investissement de la part des compagnies pétrolières et la baisse en valeur des financements amputeront les revenus. Les difficultés de certains producteurs pourraient aussi entraîner des pertes sur le portefeuille de crédit.

Enfin, l’impact général sur l’économie est le plus difficile à évaluer, sauf pour les établissements très présents en Russie, que les sanctions internationales et la chute des prix de l’or noir font plonger en récession. L’action Société Générale affiche ainsi une sous-performance de 4 points par rapport à ses concurrentes, mais intègre déjà l’hypothèse d’une perte totale de l’investissement du groupe dans le pays.

Les banques restent cependant vagues sur leur exposition aux compagnies pétrolières, souvent intégrées dans leurs rapports annuels parmi le secteur plus vaste de l’énergie. Les montants prêtés ou non tirés vont de 15,8 milliards d’euros pour la Société Générale à 47,8 milliards pour Crédit Agricole SA. «A première vue, CASA et DNB sont les plus exposés, à hauteur de 165% et de 118% de leur common equity tier one, mais CASA ne définit qu’une exposition liée à l’énergie, et nous ne pensons pas que la majorité soit liée au pétrole», soulignent les analystes de Morgan Stanley.

Exane BNP Paribas, qui a étudié huit banques, estime que la perte de revenus resterait minime en 2015, autour de 0,6% du chiffre d’affaires total de l’échantillon. Dans un scénario sévère, le coût du risque se détériorerait de 30 pb dans les deux prochaines années pour les activités de financement, soit un impact limité à quelques centaines de millions d’euros. «Rien ne nous donne de motifs de crainte», résume Morgan Stanley.

Pour justifier la sous-performance boursière du secteur bancaire, les analystes invoquent aussi d’autres facteurs: taux bas, contraintes réglementaires, risque grec… S’agissant plus particulièrement des banques françaises, les marchés s’interrogent sur leur capacité à tenir les objectifs des plans stratégiques 2016 présentés au printemps 2014. Celui de la Société Générale semble caduc pour ce qui est de la Russie. Barclays a abaissé de 9% hier son objectif de cours pour BNP Paribas « afin de refléter la compression structurelle des retours sur fonds propres, liée aux surcharges en capital des institutions financières systémiques», selon la note. L’action BNP Paribas a perdu 16% depuis le 15 septembre, comme l’indice sectoriel. Le titre CASA ne fait guère mieux (-15,3%).

Chez les françaises, seule Natixis tire son épingle du jeu, limitant son recul à 5,1% depuis l’automne. Le rééquilibrage de ses activités vers la gestion, et l'espoir d’un retour en capital aux actionnaires si la banque ne trouve pas de cible à acheter dans l’asset management d’ici au 18 février, soutiennent le titre.

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