Réguler la finance devient de plus en plus complexe, s'alarme Jean Tirole

le 20/11/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le prix Nobel de l'économie français a participé mardi à un dîner débat organisé par L'Agefi et BNP Paribas

Réguler la finance devient de plus en plus complexe, s'alarme Jean Tirole

Comment éviter le déplacement des activités bancaires régulées vers la banque parallèle qui échappe en bonne partie à la vigilance du régulateur, et le transfert du risque systémique qui en découle? Cette question était au centre du dîner débat organisé mardi soir par L’Agefi et BNP Paribas en l’honneur du prix Nobel d’économie Jean Tirole. Une question «complexe», a t-il admis.

Selon le chercheur, il faut éviter de reproduire l’erreur faite aux Etats Unis où des institutions financières non régulées ont eu accès à l’argent du contribuable. Normalement les acteurs du shadow banking n’ont pas accès à la banque centrale ni au «back stop public» et, en contrepartie, ils ne sont pas régulés. «Or, à partir du moment où une institution non régulée octroie du crédit et fait courir un risque à un établissement régulé, banque de détail ou compagnie d’assurance, l’Etat est obligé de la sauver», a expliqué celui qui est aussi président de l’Ecole d’économie de Toulouse (TSE). Jean Tirole dénonce le problème évident d’égalité de concurrence. «Si on autorise les banques d’investissement à avoir accès à l’argent des contribuables ou à celui des banques centrales, sans être régulées, on aboutit à une migration possible du secteur régulé vers celui qui ne l’est pas», dit-il.

Pour contrer le phénomène, les autorités peuvent être tentées de couvrir le plus grand nombre possible d’acteurs. «C’est ce que fait le régulateur en cherchant à réguler les institutions financières systémiquement importantes (Sifi)». Mais Jean Tirole ne cache pas ses doutes. «Les modèles internes nécessitent une connaissance remarquable de la part des régulateurs», dit-il. «Or le staff de ces régulateurs est limité, ils ont déjà du mal à réguler les banques et les assurances, alors s’il faut en plus qu’ils régulent les hedge funds… », s’inquiète le chercheur. D’autant que le cercle des acteurs du marché des dérivés s’étend de plus en plus aux entreprises non financières, dit-il. «La régulation devient de plus en plus technique», s'alarme t-il.

Pourfendeur de l'asymétrie de l'information et promoteur des «situations simples», Jean Tirole recommande une autre voie. «Si on arrive à isoler les banques de détail des compagnies d’assurance et d’autres acteurs parce qu’ils ne sont plus sur des marchés de gré à gré mais sur des marchés centralisés, on peut donner plus de liberté aux banques de détail et aux compagnies d’assurance, car on sait mieux quelle est leur solvabilité».

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