La Banque de France pousse les assureurs vie à baisser les taux servis

le 29/10/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La forte collecte des fonds euros en 2014 force les compagnies à engranger des rendements faibles et les expose à une remontée des taux

La Banque de France veut faire baisser les taux servis en assurance vie. Photo DR

Voilà les assureurs prévenus. Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a invité hier le secteur à diminuer le taux de rémunération servi sur les contrats d’assurance vie, qui donnent toujours lieu à une bataille de communication en fin d’année. «J’attends cette année une baisse significative du taux de rémunération des contrats d'assurance-vie», a indiqué le gouverneur devant la commission des Finances du Sénat. «Je veillerai à ce que les compagnies d'assurance le fassent, a-t-il poursuivi. Nous ne voulons pas qu'elles se mettent en risque» alors que les rendements obligataires sont aujourd’hui au plus bas.

Les craintes du superviseur peuvent être fondées. L’assurance vie connaît une année faste avec une collecte nette cumulée de 17,4 milliards d’euros sur les neuf premiers mois de l’année, pour l’essentiel sur des contrats en euros majoritairement réinvestis en emprunts d’Etat. Sachant que le taux moyen de l’OAT 10 ans a atteint 1,8% cette année, et traitait hier à 1,27%, les assureurs engrangent des rendements bas. De quoi faire diminuer le rendement moyen de leurs placements hors unités de compte, qui atteignait 3,62% en 2013 chez les principaux acteurs, selon un rapport de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.

Or, selon l’économiste Philippe Crevel, le rendement moyen servi sur les fonds en euros pourrait atteindre 2,6% en 2014 après 2,8% en 2013. Promettre implicitement à leurs souscripteurs de tels niveaux de rémunération conduit les compagnies d’assurance à puiser dans leurs provisions pour participation aux bénéfices. Une remontée des taux de marché leur serait défavorable. Par ailleurs, même si l’épargnant raisonne généralement en rendement nominal, le rendement réel de l’assurance vie sera cette année bien supérieur à celui des exercices précédents, en raison de la faible inflation. Les compagnies ont donc des marges de manœuvre pour abaisser la rémunération discrétionnaire du produit.

Suivre l’injonction du gouverneur de la Banque de France pour les contrats en euros aurait un autre avantage: les assureurs vie pourraient plus aisément promouvoir auprès de leurs clients les mérites des nouveaux fonds euro-croissance, moins consommateurs de fonds propres sous Solvabilité 2. Des fonds dont le potentiel divise aujourd’hui la profession, et qui pâtissent comme les unités de compte de la mauvaise performance des marchés actions en 2014.

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