«Le régulateur financier américain n’a pas fait la moitié du chemin nécessaire»

le 10/06/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Dans une interview à L’Agefi, le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz se dit inquiet pour la stabilité financière. Il s’exprimait lors du Tiger Forum organisé par l’Ecole d’économie de Toulouse

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie. Photo LC.

- L'Agefi : Jugez-vous suffisants les efforts des autorités pour réguler la finance ?

- Joseph Stiglitz: Il est clair que nous ne sommes pas dans la situation extrême que nous avons connue lors de la crise de 2007-2008. Aujourd’hui les banques se portent mieux, le marché immobilier aussi. Le système bancaire n’est pas pris dans cette spirale de paris spéculatifs dans laquelle il était à l’époque. Je pense aussi que la situation réglementaire est meilleure aujourd’hui avec la loi Dodd-Frank (NDLR: adoptée en 2010 aux Etats Unis). Toutefois, le régulateur américain a fait moins que la moitié du chemin nécessaire pour remettre de l’ordre dans la finance. Il n’a pas résolu la question des dérivés OTC non transparents, ni celle du shadow banking, ni celle des banques qualifiées de trop grosses pour faire faillite. Le problème des banques TBTF est même pire qu’auparavant. Les contraintes d’augmentation de capital imposées aux banques ne sont pas suffisantes.

- Les amendes imposées par les autorités américaines aux banques suspectées d’infractions sont-elles assez lourdes ?

- Les autorités américaines poursuivent les banques qui ont mal agi. La plupart des banques responsables sont poursuivies. Elles ont promis de mieux se comporter et certaines d’entre elles ont déjà signé des chèques. Mais elles ont recommencé à mal se comporter. Est-ce que les sanctions sont aussi lourdes pour les banques américaines que pour les banques non américaines ? Je me pose la question.

- Que reprochez-vous exactement à la nouvelle régulation américaine ?

- La règle Volcker (qui interdit aux banques de mener des activités spéculatives pour compte propre: NDLR) n’est pas assez exigeante. Il faudrait cumuler cette règle avec les recommandations du Britannique Vickers (qui a préconisé de sanctuariser les dépôts des épargnants et d’isoler les activités spéculatives: NDLR). Aujourd’hui les dépôts peuvent disparaître très rapidement. Concernant le shadow banking, les autorités n’ont pas encore établi de règles qui assureraient une plus grande stabilité financière. Beaucoup des sujets clés n’ont pas été traités correctement. De plus la mise en œuvre de la loi Dodd-Frank est un long processus. Comme l’a admis la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, les banques résistent à la régulation.

L'entretien intégral est à lire ici.

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