Les banques européennes nettoient leur bilan

le 04/02/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’horizon de l’AQR de la BCE a déjà incité plusieurs établissements à passer des provisions fin 2013

En prévision de l’AQR de la BCE, plusieurs banques européennes, comme Deutsche Bank, ont passé des provisions fin 2013.

Alors que la Banque centrale européenne n’a pas fait toute la lumière hier sur les modalités de sa vaste revue de qualité des actifs (asset quality review, AQR), plusieurs banques européennes, comme Deutsche Bank, devancent déjà l’appel à l’occasion de la publication des résultats du quatrième trimestre 2013 en passant des provisions censées refléter une plus grande transparence. Cela afin de tenter d’éviter les mauvaises surprises lors de l’examen du régulateur et de renforcer d’ores et déjà la confiance des investisseurs.

De retour du Forum économique mondial de Davos, Huw Van Steenis, responsable de la recherche sur les services financiers européens chez Morgan Stanley, relève dans une note l’impact «cathartique» du maillage de tests promis aux banques. Il s’agit pour ces dernières de mettre en œuvre des mesures curatives avant qu’un diagnostic gênant ne soit publié. Même si l’étirement de la procédure est «naturellement frustrant», l’analyste prédit que la revue réglementaire «a le potentiel d’aider à recapitaliser les banques».

Huw Van Steenis retire en effet d’entretiens avec des décideurs à Davos que la BCE est bien consciente des enjeux et adoptera un jugement strict, quand bien même «les risques de plus petit dénominateur commun et de compromis dans une procédure si multilatérale sont légion».

«Les banques anticipent les préparatifs de l'évaluation globale et elles renforcent leur bilan, ce qui constitue un développement bienvenu», s’est félicité hier le vice-président de la BCE Vitor Constancio. Et selon Morgan Stanley, «nous pourrions ne pas avoir à attendre jusqu’en octobre 2014 pour voir les bénéfices de la revue en termes de confiance». Certaines banques sont déjà passées à l’action en inscrivant des provisions pour «faire le ménage», d’autres pourraient le faire au titre des résultats du premier trimestre 2014. Cela alors que les créances douteuses pourraient atteindre un point haut de 500 milliards d’euros à fin 2014 à 8,2% du total des prêts, avant de décroître (7,6% du total deux ans plus tard), toujours selon Morgan Stanley.

La belge KBC a dans ce contexte inscrit une provision complémentaire de 775 millions d’euros sur ces activités en Irlande. Si Morgan Stanley reconnaît qu’il est plus aisé pour une banque de constater des provisions en dehors de son marché domestique, elle salue l’effort de transparence. Il en va de même pour l’espagnole Sabadell, pour l’italienne BPM (Banca Popolare di Milano), ainsi que pour Deutsche Bank ou Royal Bank of Scotland. Les groupes bancaires ne font pas de lien explicite pourtant entre ces provisions complémentaires et l’AQR.

En parallèle, Morgan Stanley estime à 25 milliards d’euros le montant des capitaux levés par les banques de la zone euro depuis l’été dernier en prévision du passage au peigne fin de leurs bilans, dont 7,3 milliards d’euros d’actions ordinaires espérés ou déjà récoltés par BPM ou par les autrichiennes Raiffeisen et Erste. A ce sujet un sondage réalisé auprès des investisseurs par Morgan Stanley plaçait la barre des collectes probablement nécessaires entre 20 et 80 milliards d’euros, laissant le champ ouvert pour de prochaines annonces, notamment du côté de l’Italie, des Pays-Bas ou de l’Autriche.

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