Mizuho fait les frais de ses relations avec la pègre japonaise

le 29/10/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

L’autorité des marchés pourrait restreindre le développement international de la banque, qui voit déjà sa réputation écornée pour défaut de contrôle interne

L’affaire qui ébranle depuis quelques mois le géant bancaire japonais Mizuho trouve sa source dans l’octroi de 230 prêts environ à des membres du crime organisé pour un montant total de 200 millions de yens, l’équivalent de 1,5 million d’euros. Des prêts de crédit automobile pour l’essentiel accordés par Orient Corp, dont Mizuho n’était alors pas encore actionnaire majoritaire. Le coût pour la banque se révèle bien supérieur aux intérêts perçus sur ces prêts symboliques.

Encore le groupe pourrait-il échapper à une lourde amende de la part de l’autorité japonaise, la FSA (Agence des Services Financiers), à la suite de la publication hier d’un rapport indépendant commandité par la banque sur instruction de l’autorité. L’enquête réalisée par trois juristes a en effet mis en avant que les relations entre Mizuho et le crime organisé étaient davantage le fruit de défaillances au sein du contrôle interne plutôt que d’une volonté de masquer la réalité aux régulateurs. Cela même si la direction était bien «en position» d’avoir connaissance des prêts douteux dans le cadre de comités formels, alors que la banque avait initialement prétendu, avant de corriger le tir, que seules les équipes de déontologie en avaient connaissance.

Le rapport accorde des circonstances atténuantes à la direction pour son manque de vigilance sur le dossier car l’alerte interne est intervenue peu avant le tremblement de terre et le tsunami de mars 2011, qui ont bouleversé l’ordre des priorités.

Dans le sillage de la publication du rapport, Mizuho a privé Takashi Tsukamoto de son poste de président de Mizuho Bank, la filiale bancaire du groupe, tout en lui laissant la présidence de la holding Mizuho Financial Group. Le dirigeant tout comme le directeur général de la holding, Yasuhiro Sato, ne toucheront pas de rémunération pendant six mois. 54 cadres au total, anciens ou actuels salariés, sont punis.

Ministre des Finances et vice-Premier ministre, le président de la FSA, Taro Aso, a indiqué que le gendarme se prononcerait sur une éventuelle sanction après lecture du rapport et de la réponse de Mizuho dévoilés hier. Quelle que soit la sentence pécuniaire de la FSA, le chemin de croix de Mizuho ne semble pas devoir prendre fin. Alors que des voix s’élèvent au Parlement pour une audition de Yasuhiro Sato, la banque pourrait être entravée dans son développement international par les autorités.

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