Le «projet Yanne» met sous pression certaines banques régionales de BPCE

le 22/04/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le rachat à Natixis des CCI détenus dans les Banques Populaires et les Caisses d'Epargne en fragilise quelques-unes. Secafi juge le prix trop généreux

Jean Yanne inspire BPCE. Après l’opération «U2» en 2010, dont l’un des concepteurs était fan des rockers irlandais, le nouveau projet de restructuration financière interne au groupe a été baptisé en hommage à l’acteur et cinéaste français. Le vaste plan de dénouement des liens entre la banque de détail et Natixis, qui verra ce dernier se faire racheter ses certificats coopératifs d’investissement (CCI) par chaque Caisse d’Epargne et Banque Populaire, est en phase de consultations intensives. Le projet Yanne a de lourdes conséquences financières pour les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne, comme le montrent les présentations internes que L’Agefi a pu consulter et le rapport d’expert de Secafi, rendu la semaine dernière au comité de groupe BPCE.

Natixis est le grand gagnant de l’opération. Un objectif assumé par BPCE lors de la présentation du projet en février. Les CCI sont de plus en plus gourmands en fonds propres, rapportent peu (moins de 3%), et brouillent la lecture des comptes du véhicule coté. Pour gommer en partie cet effet, le groupe avait déjà mis en place début 2012 un mécanisme complexe de garantie interne, le P3CI, qui sera dénoué à l’occasion du projet Yanne.

La banque de gros va donc se faire racheter ses CCI, pour 12,1 milliards d’euros. C’est ce prix qui concentre les critiques de Secafi. «L’objectif est que Natixis ne subisse pas de moins-values lors du rachat des CCI. Partant de ce postulat, l’approche de la valorisation globale reste comptable : le prix de rachat, à 12,1 milliards d’euros, serait fixé peu ou prou à la valeur de mise en équivalence des CCI dans les comptes consolidés de Natixis», écrit le cabinet, qui estime pour sa part la valeur des certificats à 10,8 milliards d’euros «au mieux». L’opération a été calibrée pour avoir un impact quasi neutre (-63 millions) sur le résultat net 2012 pro forma de la banque cotée, notamment sur le plan fiscal.

Trois autres experts ont pourtant validé cette valorisation à 12 milliards: JPMorgan, conseil des administrateurs indépendants, Ricol et Détroyat. Mais Secafi juge que l’évaluation des CCI aurait dû être menée avec les mêmes méthodes que lors de la création de Natixis en 2006, prévoir comme à l’époque une décote d’illiquidité de 20%, et exclure certains éléments. Natixis se fait racheter ses certificats sur la base de 1,05 fois les fonds propres agrégés à fin 2012, alors qu’il les avait acquis à un multiple de 0,92 en 2006.

Les Caisses d’Epargne et les Banques Populaires ne débourseront cependant pas 12,1 milliards, mais 8,1 milliards. La différence vient de l’arrêt du P3CI et du versement d’un dividende exceptionnel par Natixis à BPCE SA, qui en fera bénéficier les banques et caisses régionales. Celles-ci emprunteront auprès de BPCE SA pour financer le rachat des CCI: 3,4 milliard d’euros à 10 ans à un taux fixe de 2,9%, et 4,7 milliards à court terme à Euribor 3 mois + 130 points de base, soit un coût de refinancement estimé à 168 millions par an. BPCE empruntera lui-même auprès de Natixis à 10-11 ans à 2,9% environ, puisque la banque de gros se retrouvera riche de liquidités.

Pour les Banques Populaires et les Caisses d’Epargne, le projet Yanne signifie une ponction immédiate de fonds propres. «Les avantages de l’opération apparaissent bien maigres», juge Secafi. Selon des documents internes, le ratio global Bâle 3 au 30 juin 2012 des Banques Populaires passerait de 16,3% à 12,4%, celui des Caisses d’Epargne de 15,9% à 11,7%. Ces moyennes recouvrent des réalités disparates, mais le projet a été calibré pour que chaque établissement remplisse l’exigence minimale de fonds propres fixée par l’Autorité de contrôle prudentiel, soit 8%.

Quelques banques seront cependant sous pression pour reconstituer rapidement leur force de frappe. Côté Banques Populaires, la Bred – qui va devoir débourser à elle seule 589 millions d’euros –, le Crédit Coopératif et la BP Côte d’Azur sont mal classés en termes de solvabilité après l’opération. Et seraient mêmes hors des clous si on leur appliquait Bâle 3 à 100% dès 2013 au lieu de 2018. Chez l’Ecureuil, les caisses d’Alsace, de Côte-d’Azur, de Loire-Drôme-Ardèche et de Lorraine-Champagne-Ardenne figurent en queue de peloton. Avantage tout de même du projet, leur capacité de mise en réserves en sortira accrue, puisque les banques n’auront plus à rémunérer 20% de leur capital sous forme de CCI.

L’approbation définitive de l’opération par les organes sociaux des entités concernées est prévue en juin. Suivront ensuite les assemblées des porteurs de CCI et des actionnaires de Natixis et BPCE. Les opérations de rachat et la distribution exceptionnelle de dividendes de Natixis devraient intervenir début août.

BPCE : Le «projet Yanne» met sous pression certaines banques régionales de BPCE
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