Alerte sur les assurances et les retraites d'entreprise

le 14/12/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 18H

L'autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles juge que la solidité financière de ce secteur n'offre pas de bonnes perspectives.

Gabriel Bernardino président de l'EIOPA. Photo: Martin Joppen

« La solidité financière de l’assurance européenne et du secteur des pensions professionnelles  pourraient être confrontée à une perspective significativement négative à moyen terme du fait des incertitudes macro-économiques et de la fragilité des marchés financiers », s’alerte le rapport publié le 14 décembre par l’Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles  (EIOPA) pour le second semestre 2012. Consacré à la stabilité financière de ce secteur dans l’espace économique européen (EEA), ce rapport souligne que « les risques pour la stabilité financière demeurent élevés ». Il considère aussi que «cette crainte est devenue particulièrement pertinente du fait du risque de persistance de taux d’intérêt faibles dans nombre d’économies, avec en parallèle la volatilité des marchés de capitaux »

Selon Gabriel Bernardino, président de l’EIOPA « malgré des évolutions positives sur les marchés financiers et les actions politiques concertées, les risques pesant sur la stabilité financière demeurent élevés  ». L'autorité observe pourtant que, dans le secteur de l’assurance, la profitabilité des engagements demeure relativement stables et que les ratios de capital sous Solvency I sont encore à des niveaux confortables. Mais, « la profitabilité des engagements demeure relativement stables et les ratios de capital sous Solvency I sont encore à des niveaux confortables », prévient le rapport, et les superviseurs n’ont pas une vision complète des conditions sous-jacentes du marché.

Dans son rapport, l'EIOPA a également mis en garde contre « une diminution alarmante » des capitalisation des plans de retraites, essentiellement pour les principaux systèmes de retraite en Grande-Bretagne et aux Pays Bas.  Selon l'EIOPA, la crise de la dette souveraine dans la zone euro constitue la menace la plus importante pour les assureurs européens et le risque de pertes sur ses avoirs en obligations souveraines s’amplifie. Le risque a augmenté pour les assureurs ces six derniers mois et devrait continuer d'ici la fin de l'année. Les rendements des obligations émises par des pays tels que la Grèce, l'Irlande, et le Portugal sont montés en flèche car les marchés craignent un défaut, soulevant des interrogations sur la solvabilité d’économies plus importantes comme l'Espagne et l'Italie mais dont le niveau d'endettement est également critique. Concernant les grandes compagnies d'assurance cotées, parfois considérées comme peu exposées sur les dettes grecques, irlandaises et portugaises, certaines d'entre elles subiraient des pertes dans l'éventualité d'un défaut en Espagne ou en Italie, estime EIOPA. Generali, troisième assureur européen, est l'un des plus exposés à la dette souveraine risquée de la zone euro, avec des avoirs de 59,5 milliards d'euros, selon des analystes de Barclays Capital, cités par l'agence Reuters.

L'EIOPA a publié les résultats de tests effectués sur les assureurs européens pour jauger leur degré de résistance dans le cas d'un choc économique. Mais ces tests sont critiqués pour être trop souples et n'avoir pas pris en compte l'impact d'un défaut sur la dette souveraine. Les assureurs européens ont renforcé leur solidité financière, améliorant leur capacité à résister aux pertes d'investissement mais les spreads sur les swaps de défaut de crédit (CDS) de plusieurs assureurs sont restés élevés depuis le début de la crise, indique l'EIOPA. Les assureurs font face à des risques de défaut supplémentaires sur les dettes des entreprises et des ménages, a ajouté le régulateur.

Dans ce contexte, l'EIOPA recommande aux régulateurs d'adopter de nouvelles règles afin de limiter les risques financiers auxquels sont exposés assurances et systèmes de pension professionnels. Les responsables politiques de l'Union européenne et la Commission doivent présenter un calendrier précis pour l'adoption de nouvelles règles plus pertinentes sur les exigences de fonds propres (Solvency II), a rappelé Gabriel Bernardino. Des désaccords politiques ont repoussé la finalisation de ces règles qui risquent de ne pas pouvoir être appliquées avant 2016, trois ans plus tard qu'initialement prévu. 

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