Le Crédit immobilier de France se dirige vers un soutien public

le 21/05/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les repreneurs ne se bousculent pas pour le spécialiste du financement à l'habitat, dont le modèle est jugé non viable par Moody's

Et si le Crédit immobilier de France (CIF) constituait la première nationalisation de l’ère Hollande? L’hypothèse gagne en crédibilité au fil des jours. La semaine dernière, Moody’s a dégradé à E/caa1 la note de solidité financière du prêteur immobilier spécialisé, contre C/a3. Si l’agence de notation a maintenu à P-1 la note court terme et à A1 celle à long terme, qui inclut désormais 12 crans de «soutien systémique» au lieu de 2, c’est qu’elle parie sur un sauvetage orchestré par les autorités.

«Le secteur public apportera très vraisemblablement un soutien financier à court-moyen terme, et une assistance pour adapter à long terme le modèle d’activité, qui n’est aujourd’hui plus viable», estime Moody’s.

Dans l’immédiat, cette décision attendue va permettre au CIF de publier ses comptes 2011, sans doute en début de semaine. Les commissaires aux comptes, que le groupe a rencontrés vendredi, refusaient de les approuver tant que Moody’s n’avait pas rendu son verdict, déterminant pour les perspectives 2012 du rapport de gestion.

Les chiffres 2011, en tant que tels, ne posent pas de problème. Ils devraient faire apparaître un résultat équivalent à celui de l’année précédente (79 millions d’euros en 2010 en consolidé) avec une division par deux du coût du risque et un coefficient d’exploitation d’environ 63% (58% en 2010), selon une source proche. La production dépasserait les 5 milliards d’euros, pour un portefeuille de crédit de 33 milliards.

Reste maintenant à tirer les conclusions du constat sans appel formulé par Moody’s. Entièrement dépendant des marchés pour son refinancement, le CIF dispose de six mois de liquidité devant lui. «Il y a un risque élevé que ce matelas s’érode régulièrement sur la période», note l’agence.

L’adossement du CIF, qui avait failli aboutir en 2005 et 2007, est plus difficile à réaliser aujourd’hui. Un rachat dégraderait la liquidité de l’acquéreur. D’où la fin de non-recevoir opposée par des groupes comme BPCE, ou un intérêt limité à des activités de conseil comme l’administration de bien, dans le cas du Crédit Agricole. La Banque Postale, riche en dépôts et à capitaux publics, fait figure de sauveur tout désigné, puisqu’un adossement à la filiale de La Poste constituerait une nationalisation déguisée sans coût pour le budget de l’Etat. Elle a déjà dû batailler ferme pour préserver ses intérêts dans le dépeçage de Dexia.

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