L'adossement du Crédit immobilier de France redevient d'actualité

le 10/05/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le modèle du CIF, dépendant du financement de marché, atteint ses limites. La cotation de ses obligations a été suspendue hier

Une agence du Crédit Immobilier de France. Photo: PHB/Agefi

Un vieux serpent de mer refait surface: l’adossement du Crédit immobilier de France (CIF), dernier spécialiste indépendant du financement de l’habitat. Evoquée dès le début des années 2000, puis il y a environ un an, l’hypothèse devient cette fois très sérieuse. La suspension, hier, de la cotation de plusieurs obligations sécurisées de 3CIF, l’un des deux véhicules de refinancement du groupe avec CIF Euromortgage, a mis le feu aux poudres. Les spreads et les fourchettes de cotation de gré à gré sur les autres titres de l’émetteur se sont élargis dans la foulée.

C’est l’AMF qui a demandé la suspension dans l’attente d’un communiqué. Le CIF n’a pas déposé ses comptes annuels dans les délais impartis, et risque une dégradation de trois à quatre crans par Moody’s, a révélé Mediapart.

L’Autorité de contrôle prudentiel suit de près le dossier depuis 2008 en raison du profil du groupe: contrôlé par des sociétés liées au mouvement HLM, il prête long et n’a quasiment pas de dépôt, dépendant ainsi entièrement des marchés pour son refinancement. Fitch s’en est d’ailleurs inquiété en janvier, soulignant la montée du coût des ressources du prêteur en 2011.

Il y a trois ans, la Commission bancaire avait demandé au CIF de muscler ses fonds propres –celui-ci a dû s’y résoudre tout en contestant avec succès cette exigence devant le Conseil d’Etat. Le groupe, qui affichait 41,6 milliards d’euros de total de bilan à fin juin pour un encours de crédit de 33,3 milliards, revendique un ratio de solvabilité de plus de 14%. Le CIF présente malgré tout un taux d’encours douteux assez élevé pour le secteur, à 4,2%. Il a notamment été impliqué dans l’affaire Apollonia, une fraude à l’immobilier défiscalisé qui lui a «apporté» 316 millions d’euros de créances douteuses, soit 23% du stock.

«Il n’y a pas d’actifs pourris ou de déficit en capital au sein du CIF, relativise un proche du dossier. Il s’agit vraiment d’un sujet de liquidité, qui ne peut se régler que de deux manières: une garantie de l’Etat sur ses émissions, ou l’adossement à une banque de dépôt.» BPCE, actionnaire du Crédit Foncier, ayant démenti tout intérêt pour le groupe, reste donc la Banque Postale, qui a déjà joué les pompiers pour Dexia. La filiale de La Poste restait hier muette. Quant au CIF, son patron Claude Sadoun s’est toujours battu contre un adossement. «Il y a un problème Sadoun», reconnaît la même source.

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